lundi, 09 juillet 2007
Albor
Albor canicular de verano
Me levanté temprano
Pero la ciudad ya sudaba
En el agüero ardiente del día
Canturreaba una canción calipso
J'aimerais tant voir Syracuse
L'île de Pâques et Kairouan
Et les grands oiseaux qui s'amusent
A glisser l'aile sous le vent
Tan lánguida como el calor por venir
Mientras desayunaba de algunas frutas
Hiendo papayas naranjas que descubrían
Proles de renacuajos color de azabache
Luego atravesé una ciudad febril
En aquel mañana de los dedos de fuego
Me resguardé en el Museo
Penumbra mineral donde me detuvo perennemente el azul de Patinir.
Es deleitable mirar las lejanías donde varia un azul saturado
Inventar el mar
Trazar ciudades
Acopiar montañas
Orlar las Sirtes
Arquear el mundo
Azul primigenio de Patinir, engalanando el amplio vestido de Beatriz
Una noche de opera donde el mal subyugaba el bien
Bajo el aleteo de los abanicos y
La mirada oceánica del Corregidor
Sin embargo el vestido añil
Deslizándose luego en la lobreguez de la noche
Anuló al compás de dos o tres movimientos llanos
La victoria ruin que se disipó y ya no distraía
De la contemplación de la luna ni del canto del grillo
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samedi, 14 avril 2007
Signe du printemps
Les premières hirondelles sont apparues ce matin. Elles survolent la Grand Place comme si elles survolaient un étang.
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vendredi, 02 mars 2007
Narcisse et Jacinthe
Crece el jacinto indiferente y bello.
No envidia el triunfo en agua del narciso.
El agua tiene un destino incierto
Del viento celoso cae Jacinto
El soplo irisa el agua
Sus senderos innovan círculos donde
El sol se vuelve Narciso y centellea, fugaz.
Fugazmente, el mundo se idealiza azul y oro
Mientras, de una hormiga sin sombra se corona un tallo.
Será del jacinto o del narciso - bella indiferente.
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jeudi, 01 mars 2007
Maria Teresa ou la Verdurin
La dernière arrivée – imposée suite à un imbroglio sulfureux – est une Verdurin en mode mineur à la mode locale, castiza. Obligé de la supporter pour des raisons professionnelles, elle me juge délicieusement
Aboli bibelot d’inanité sonore.
Espiral espirada de inanidad sonora.
Et demanda à ce que je lui sois assigné pour lui donner le bras lors des réceptions officielles. Elle me connaît depuis mes premiers pas dans l’Institution, voici déjà huit ans. Depuis quelques semaines, nous nous rendons donc de concert à des actes solennels ou à des cérémonies institutionnelles. Alceste, qui n’en rate pas une, la surnomme Mrs. Robinson et se met à fredonner la chanson de Simon & Garfunkel quand nous nous préparons pour sortir ensemble. Sa conversation, car elle parle beaucoup, d’une voix très douce et égale, est curieusement nostalgique. Un des derniers évènements en date, la création d’une Maison Séfarade en Ville, fut l’occasion de redécouvrir le double patio du palais de la Sainte Croix. L’acte en soi était émouvant, l’hébreu était solennel et conférait un aspect « mystique » à l’événement, le patio était rempli de monde, également dans les galeries attenantes, mais surtout une quadrille de jeunes diplomates nonchalamment penchés depuis la galerie supérieure, têtes inclinées, bras appuyés sur la rambarde de granit et regards mollement lancés sur l’acte tout en bavardant, donnaient un air très « Découverte de la perspective par les peintres de la Renaissance italienne ». La réception qui suivit dans un patio annexe fut tout l’inverse, quand la Verdurin castiza me dit textuellement :
- Approchons-nous, nous devons être vus, sinon il n’aura servi à rien d’être venus.
je sus que j’allais passer un très mauvais moment. Je la suivis donc poliment, majestueuse matrone aux cheveux platinés retenus en immense conque marine au-dessus d’un visage lourd, le cou orné de la combinaison CPCH et d’un tailleur rose façon Chanel revu par Barbara Cartland, se poussant du coude entre les invités, les petits fours et les coupes, se faufilant entre les membres du protocole, les courtisans et les gardes du corps, afin de parvenir aux coruscants objets de ses désirs et de ses admirations, les saluant, alambiquant l’un et l’autre mot gracieux, souriant et satisfaite, me susurrant « mission accomplie », comme si le destin du monde avait dépendu de ses compliments. Songer à un passage de la Recherche, quand le narrateur décrit les gens qui se haussent pour admirer la duchesse de Guermantes à la soirée de sa cousine :
…Nous avancions entre une double haie d’invités, lesquels, sachant qu’ils ne connaîtraient jamais « Oriane », voulaient au moins comme une curiosité, la montrer à leur femme : «Ursule, vite, vite, venez voir madame de Guermantes causer avec ce jeune homme ». et on sentait qu’il ne s’en fallait pas de beaucoup pour qu’ils fussent montés sur des chaises, pour mieux voir, comme à la revue du 14 juillet ou au Grand Prix…
Malheureusement, je ne tenais pas le bras d’Oriane mais celui d’Ursule…
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lundi, 26 février 2007
Lucia ou l'Emerveillement
Lucia est la nouvelle fleur de pois de ces derniers mois, d’autant plus merveilleuse que sa floraison est tout à fait surprenante, inespérée, comme une de ces graine rares ramenées d’une expédition exotique et qui germe, croît, tige longue et s’ouvrant en de magnifiques pétales. Wallis Simpson affirmait que a woman can't be too rich or too thin. Jeune étourdie, mince, haute et attirant les regards des hommes, Lucia représente plusieurs nouveaux aspects de l’existence en Ville, tant diurnes que nocturnes. Sous son égide, il faudra peut-être –incroyablement- bientôt apprendre les élégies olympiques de Pindare. Sous son protectorat également, c’est une succession d’événements et de fêtes, la découverte de nouveaux visages et de nouvelles scènes de représentation.
De ces scènes, non pas l’une des plus belles, mais l’une des plus agréables à avoir été visitée dernièrement est sans conteste la résidence d’un plénipotentiaire, le palais Amboage, une de ces fantaisies de style faux Pompadour construit au début du XX siècle dans l’ensanche de Salamanca pour un riche financier espagnol anobli par le Vatican. De nos jours espace de représentation diplomatique, la superficie carrée de l’édifice offre une succession de vastes salons établis en damier et Visconti aurait parfaitement pu utiliser les vastes salles pour une scène de la Recherche et y métamorphoser Lucia en une mademoiselle de Saint-Loup d’un nouveau genre, déambulant dans l’immense serre d’hiver qui donne sur les jardins que de hauts murs protègent de l’animation urbaine,
Comme la plupart des êtres, d’ailleurs, n’était-elle pas comme sont dans les forêts les « étoiles » des carrefours où viennent converger des routes venue, pour notre vie aussi, des points les plus différents ? Elles étaient nombreuses pour moi, celles qui aboutissaient à Mlle de Saint-Loup et qui rayonnaient autour d’elle.
Après quelques temps, comme pour toutes choses, les fêtes se ressemblent, les mêmes personnes s’y croisent et les lieux publics ou privés où elles se déroulent sont finalement limités. Après son ouverture, l’Urban connut ainsi un temps d’engouement, grâce à sa décoration océanienne, sa façade futuriste dans le cœur historique de la Ville, face à la façade baroque du palais de Miraflores, et son toit en terrasse où des murs recouverts de mosaïques d’or entourent une petite piscine, mais le décor est remplacé ces derniers mois par celui du nouvel Hôtel Me, Hôtel Reina Victoria, vénérable lieu de rendez-vous des aficionados de la tauromachie, place Sainte Anne ; mais aussi le palais de Linares, le siège de la Casa de America, place de la Cybèle. Sentiment étrange d’avoir connu les salons éclectique de la Casa de America pour des conférences austères ou des présentations de livres et de s’y rendre maintenant en nocturne, d’autant plus étrange que l’endroit est un monument classé. Les deux dernières soirées qui y eurent lieu, par hasard, étaient sponsorisées par des marques d’alcool, Bombay Sapphire et Grey Goose, ce qui permit de changer du sempiternel cosmopolitan et de savourer quelques gins au jus de framboise et ensuite divers vodkas au jus de poire ( - définitivement - adopter le gin à la framboise !).
A ces occasions, Lucia arrive inlassablement en retard – elle déteste se retrouver seule et elle envoie un message pour s’assurer qu’une connaissance se trouve avant elle dans un lieu – et elle s’en va toujours parmi les dernières personnes – elle a horreur de se rendre compte des heures tardives. En ce sens, elle est assez Guermantes, elle est incapable de s’en aller d’une soirée ou de laisser partir des invités. Entourée de ses amies, jeunes filles en fleurs terminant en pépiements de perruches, elle parcourt les lieux en riant et en bavardant à gauche et à droite, toujours souriante, toujours aimable, le regard légèrement myope, donnant l’impression de ne pas regarder la personne mais au-delà d’elle, mais riant aussi avec toutes les personnes présentes, et si innocemment aguichante que les hommes et les jeunes gens l’imaginent facile, s’enhardissent et se trouvent décontenancés quand ils se rendent compte qu’elle ne pense pas un instant sortir avec eux mais demeure avec équanimité –impassiblement- aimable avec tous. Les différences entre les générations en Espagne ne sont pas aussi marquées que dans le nord de l’Europe, aussi il n’est pas rare que Lucia croise non seulement des cousins dans les lieux où elle se rend, mais y bavarde avec sa tante Cocô ou y emmène sa mère. Cette dernière est assez aimable, « légèrement » snob dans ses thèmes de conversations et son goût pour le name dropping, tant des gens que des lieux, ce que sa fille ne commet jamais, par une saine épuration des habitudes de représentation de la génération à la génération qui la suit immédiatement. A force, on commence à reconnaître l’un et l’autre visages, et à défaut d’amitiés, une certaine familiarité s’installe, à bavarder de thèmes divers et être promené. Par exemple, Lucia présenta une de ses amies, et celle-ci son frère, un artiste que le Temps passionne et qui l’inspire en créant des montres ou des installations dédiées au passage des heures. Une de ses premières questions fut tout à trac : - Connais-tu le fonctionnement des clepsydres ? Souviens-toi que le Temps est un joueur avide
Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.
Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !
Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.
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vendredi, 23 février 2007
Blanche ou la Beauté
Avanzan las flores en los almendros imprudentes.
El frío invitará a bailar a las más hermosas.
Su huella en la nieve yo no la olvidaré
Le déjeuner pris en sa compagnie est un des moments les plus agréables de la semaine. Il est attendu avec impatience et nous parlons des mots, de phrases, de sentences, du pur plaisir de s’étonner des différences entre le castillan et le français, de ses goûts pour la montagne, la neige, les pierres, l’aine, la mousse, etc.
Nevaba esta noche sobre los senderos
Las huellas anuladas
Bifurcan en el recuerdo -
Entre-temps nous nous inventons des bouts de poème que nous allongeons durant la journée, va-et-vient de livres, de mots, de recommandations, elle demande mon avis sur tel ou tel projet, me faisant admirer des maquettes et des plans de la Ville, notamment ces arbres de bronze aux branches desquels les gens pourront accrocher des billets doux et des poèmes (il faut être optimiste). Nous ne nous voyons que très peu sinon.
¿Uniste ambas manos en almendra de marfil
para vislumbrar a las más hermosas, luego
Las más efímeras?
Un des moments les plus doux, une après-midi, à nous croiser, à nous arrêter, et à bavarder nonchalamment, longuement, appuyés tous deux à la balustrade de marbre blanc du patio intérieur, sous la grande verrière fleurie et blasonnée, considérant défiler les gens, et sous l’œil inquisiteur d’Alceste qui traverse soudain le patio et gravit l’escalier d’honneur.
El viento, señor de las distancias, evitó el vértigo
a las más frágiles en el hueco tibio de mis manos.
Yo elegí el trazado de sus huellas.
Alceste se moque légèrement, il propose de déjeuner ensemble puis il s’exclame avec une fausse ingénuité, « ah non ! c’est vrai, ce n’est pas possible, c’est le jour de ton amie poète, c’est votre jour ». Il se vexa un long moment quand il me donna la signification d’un terme et que le lendemain je lui annonçais que Blanche donnait la même signification.
En la pizarra de la nieve dibuja tu futuro.
Ojos, en la sal no miréis el pasado.
Me tendí en la nieve para vigilar la inquietud de los árboles.
Anclados vibraban en la noche.
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jeudi, 22 février 2007
Flor de Piel ou l’Egide
Flor de Piel est une des belles surprises amicales de l’année passée, dont il faut être reconnaissant. Connue par l’intermédiaire des activités professionnelles – nous devions préparer un acte ensemble, et nous avons depuis l’une et l’autre activité commune -, nous avons bien vite débordé cette scène aride pour d’autres plaisirs.
Plutôt maternante, invitant pour l’une et l’autre occasion asiatique ou diplomatique, depuis des conférences sur la présence espagnole dans le Pacifique au vernissage d’un artiste contemporain coréen, assez sybarite, nous allons également dîner ensemble et nous refaisons le monde à ces occasions, oh !, peu de choses, des visions légèrement désabusées, de sages aspirations, une conception decimonónica. Sa présence sauva des griffes de la Dame de Lahore voici quelques mois, elle est également la confidente de certaines incertitudes existentielles et l’espérance d’autres perspectives.
Elle est particulièrement plaisante par son côté dilettante, ayant vécu en maints lieux, New York, Toronto, Constantinople, Dar es-Salaam,… elle est revenue en Ville voici un peu moins de deux ans, connaissant pour la circonstance un de ces « moments-charnières » toujours délicats dans la vie d’une femme.
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mercredi, 21 février 2007
La Dame de Lahore ou l'Amertume
« Ah ! Comment peut-on être si innocent ? ». Cette phrase, je me la serai répétée maintes fois, quand à l’émerveillement succédèrent la défiance, le découragement et l’antipathie. De fait, après la visite merveilleuse des ruines de Taxila, après s’être doucereusement lamenté sur les vestiges gréco-bactriens, il y eut dégringolade. Déjà, il ne faut jamais mêler l’amitié aux affaires, d’autant plus si la personne est une virago extraordinaire, prête à défendre ses intérêts comme une lionne. Le pire, c’est qu’une pareille histoire est arrivée à Lisbonne une dizaine d’années auparavant, et que cela n’aura servi de rien.
Cette femme alpaga toute une société par des promesses mirobolantes d’argent facile et d’honneurs à glaner par brassées. Entre-temps, avant la débâcle des affaires, elle inonda d’une de ces amitiés envahissantes dont on ne sait comment s’en dépêtrer. C’est bien agaçant, mais les gens trop polis se retrouvent trop souvent enchaînés par des liens qu’ils n’auraient pas souhaité dans un sain jugement mais qu’ils se rebutent à dénoncer, par une certaine paresse et de l’habitude ; de la lâcheté masculine, également. En effet, durant tout un temps, trop affable et trop timoré pour ne pas la décramponner, malgré les conseils des amis. « Envoie-la promener ! On dirait un vieux singe de cirque au rabais », assénait Alceste, « elle fait peur, elle ressemble à Nosfératu au féminin ». Une femme, et de l’âge de nos mères, on se répugne à ne pas la respecter. L’arrivée de Flor de Piel permit de procéder à une opération de largage avec une bienheureuse pusillanimité. La Dame de Lahore avait eu beau se répandre en protestations d’amitiés pures, or, en règle générale, il vaut mieux ne pas croire une femme quand elle vous assure du platonisme. Une
Délie objet de la plus haute vertu
n’existe pas souvent dans la réalité. Via sa secrétaire, elle faisait parvenir des cadeaux et des lettres enflammées où elle intronisait dans un anglais fleuri comme son « guide spirituel, mon amant désincarné, mon doux, mon doux, ma passion, si hautement pure, impeccable, sans lequel il me serait impossible d’avancer un seul pas en ce monde », tout en étalant avec complaisance les personnalités qui la poursuivaient, elle, de leurs avances, mais qu’elle devait se refuser à recevoir, par manque de temps, qu’elle entendait uniquement consacrer à une « personne bien plus charmante », sous-entendant d’une manière grossière l’honneur qu’elle réservait. S’inventant la coqueluche des corps diplomatiques et des gouvernements, elle se voit obligée de leur donner des conseils. Sa flagornerie faisait penser à l’ambassadrice de Turquie qui agaçait le Narrateur, dans la Recherche,
« …Quel être supérieur à tous ! Il me semble que si j’étais un homme, ajouta-t-elle avec un peu de bassesse et de sensualité orientales, je vouerais ma vie à cette céleste créature… »
Elle permet d’éviter les guerres et de sauver des coalitions. Intimes de grandes familles du sous-continent, elle est forcée d’aller leur rendre sans cesse visite. A ces récits démentiels de gloire et de haute politique dont elle faisait montre, s’écrier, « mais mon Dieu !, qu’elle se marie avec un Nabab une bonne fois pour toute, mais surtout, surtout, qu’elle reste là-bas et qu’on n’entende plus parler d’elle ! »
En parallèle à ses prétendus emportements de pure amitié, elle est en même temps orgueilleuse à l’excès, et exigeante, si imbue d’elle-même qu’elle est persuadée d’accorder une faveur à ceux qu’elle l’assaille, tout en étant jalouse envers les jeunes filles qui s’approchaient et surtout s’attarderaient. Elle ne les endure que fugaces et périssables.
La brouille définitive eut lieu comme si de rien n’était, par procuration, dans l'à-propos du vernissage d’une exposition. La commissaire avait organisé l’espace à la manière des cabinets de curiosités de l’ancien temps, avec de belles cartes géographiques, des objets ethniques reliquats d’expositions coloniales précédentes, tissus en fibre de feuilles d’ananas ou de noix de coco, et les incontournables œuvres contemporaines qui laissaient indifférents mais que l’on doit exhiber afin d’étoffer les catalogues et leur donner un aspect plus entier.
La Dame de Lahore arriva en retard, elle traversa l’immense esplanade qui menait aux salles d’exposition sous une pluie d’orage ; elle se trouvait costumée d’une tenue vaguement démodée, vêtue d’un ample pantalon noir bouffant et d’un veston blanc à brandebourgs noirs, avec, s’épanouissant de son bustier, une immense fleur aux pétales panachés, mortifères et sombres, de soie et de plumetis, une pivoine arbustive ténébreuse, qui aurait pourtant le pouvoir de chasser les mauvais esprits et d’avoir guéri le dieu Pluton, mais qui surgissait là, de cette poitrine chétive, excroissance vénéneuse. Elle paraissait lasse, de grands cernes lui dévoraient le visage, elle gravit quelques marches vénérables et il fallut se saluer avec amabilité, mais sans se donner l’accolade et sans présenter aucun des amis présents. Flor de Piel, vêtue quant à elle d’une robe couleur d’orange mûre brodée de fils d’or qui la mettait en valeur et contrastait avec l’aspect en échiquier de la dame, se borna à courber légèrement –imperceptiblement, subrepticement - la tête en baissant le regard vers la corolle ténébreuse avec un sourire ironique. La Dame de Lahore était affublée d’une jeune fille dont il fallut plaindre le sort inéluctable, se demandant s’il ne fallait pas la prendre à partie et la sauver, d’autant qu’elle avait joli minois. Toutes deux disparurent peu après avoir salué l'amphitryon. Flor de Piel s’exclama ensuite, « mais c’est l’espionne ! je n’imaginais pas du tout qu’elle allait oser venir aujourd’hui ! », le commentant au cercle réuni autour d’elle, dans un mélange unique de crainte et de commisération. Il se supputait des magouilles, il s’inventait des blanchiments d’argent et des trafics d’armes. Quelqu’un la défendit avec mollesse, pour la forme, « il faut la comprendre, comme femme dans ces pays, ce n’est sûrement pas facile, le milieu masculin ne doit pas être tendre pour elle, elle est obligée de prendre des attitudes de fauve pour se défendre mais pour finir elle les conserve dans la vie courante et elle ne peut s’empêcher de dévorer quiconque l’entoure ou lui fait confiance ». Remarquer ce manège et saisir des bribes de conversation. Se serrer plus près de Flor de Piel qui prit virilement le bras, “Comment avoir pu être aussi ingénu !” Ne jamais se le pardonner.
Au sortir de l’exposition, le temps était particulièrement clément. Les convives prenaient un verre sur les marches de l’escalier tout en devisant. Les chauves-souris remplaçaient les hirondelles et certains pans de ciel possédaient la couleur indigo de tissus indiens. Aucune virago affublée d’une fleur vénéneuse ne gravissait plus les beaux degrés de granit et se sentir –enfin! - totalement à l’aise. Depuis, on se croise à des actes sans jamais plus se saluer
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mardi, 20 février 2007
Inés ou la Disparition
Voici un peu moins d’un an, Inés était la fleur des pois de la Ville, la trouvant belle, l’accompagnant à toutes les occasions, la célébrant, allant au gymnase en sa compagnie, l’invitant à telle ou telle soirée, laissant se propager les rumeurs avec insouciance, jusqu’à ce qu’elle rencontrât un jeune homme de Colombie, qui a le très mauvais penchant de la jalousie. Voici un an donc, l’invitant à un défilé de mode, elle répond :
- As-tu également une place pour…, sinon, je ne peux m’y rendre, tu sais, il est très soupçonneux, très possessif.
- Jaloux ! Mais il ne se rend pas compte de la chance qu’il a !
Le jeune homme de Colombie n’avait visiblement pas lu La Recherche, ou les Charlus y sont la bénédiction de tous les Swann.
- vous ne doutez pas du plaisir que j’aurais à être avec vous. Mais le plus grand plaisir que vous puissiez me faire, c’est d’aller plutôt voir Odette
S’ensuivit le séjour en Sibérie, quelques coups de téléphone et puis plus rien.
La semaine passée, au bureau, défile un groupe d’architectes pour présenter le énième projet urbanistique. Je n’y prête pas beaucoup d’attention. Alceste vient ensuite vers moi et me dit :
- Tiens, tu refuses de saluer les amies d’Inés, maintenant.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Il y avait une de ses amies dans le groupe et tu n’as pas répondu à son salut
- Je ne l’ai même pas vue.
- Bien sûr, c’est cela même.
Alceste n’en a pas cru un mot et Inés est devenu un chagrin amoureux aux yeux des autres personnes. Cela n’est pas faux, même s’ils imaginent des implications plus sensuelles, car s’entretenir d’elle est attristant. Même Voisin Préféré est encore étonné d’une telle rupture, il était tellement habitué à entendre « Inés m’a appris que… hier encore, Inés…. Ah tiens ! je le dirai à Inés….. tu crois que cela fera plaisir à Inés…. ». Si l’on ne peut pas parler d’amour sans que cela soit risible, le degré d’affection alambiqué de concert était très puissant… de là sans doute l'état de désaffection actuel.
10:25 Publié dans En lisant Proust, En Ville, Les citadins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
lundi, 19 février 2007
Les citadines
Pris l’habitude de dîner tous les quinze jours, en début de semaine, avec un ami de longue date, philosophe, adepte de Kant. Dernièrement, il se moque légèrement parce qu’il se rend compte des disparitions et des élévations dans les amitiés féminines.
Avec le temps, les lieux de la Ville se sont remplis d’une population féminine, relations s’affermissant, se stabilisant ou s’exténuant ; Inés ou la disparition, la Dame de Lahore ou la déception, Louise ou la nostalgie, Paula ou l’élongation du temps, Jeune Fille en Fleur ou l’étonnement, Flor de Piel ou l’égide, Blanche ou la beauté, Lucia ou l’émerveillement, Maria Teresa ou la Verdurin…
14:49 Publié dans En Ville, Les citadins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
jeudi, 15 février 2007
Aux Nymphes
Invocation de Socrate au bord d’une source de l’Ilissos consacrée au nymphes, sous un platane, au lieu où Borée enleva Orithyie. Pente douce couverte d’herbes où se reposer. Les fleurs des gattiliers embaument.
Ô cher Pan, et vous, divinités de ces lieux, donnez moi la beauté intérieure, et faites que tout ce que j’ai d’extérieur soit en accord avec ce qui m’est intérieur
Socrate demande à Phèdre s’ils ont encore quelque chose à demander aux dieux de l’endroit. Phèdre :
Fais donc les mêmes voeux pour moi ; car entre amis tout est commun.
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mercredi, 14 février 2007
"Coule un sang couleur de feu..."
Aphrodite blessée par Diomèdes, une des images les plus fortes de l’Iliade, mis à part la description exhaustive des plaies et des existences fauchées, des conséquences des destines brisés. Aphrodite blessée !
… elle s’éloigne, épuisée, éperdue. Iris au vol léger prend soin d’elle et la fait sortir de la bataille. Cruelle est sa douleur. Sa belle peau noircit…
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lundi, 12 février 2007
"Trois villes à mon cœur, entre toutes, sont chères..."
La deuxième pointe au cœur est la lecture d’un des moments les plus cruels de l’oeuvre, comme la vague immense hésite à fondre sur les îles et les engloutir, l’instinct de guerre faiblit entre les deux camps après le duel tronqué entre Pâris et Ménélas. Ce poignant au cœur, donc, qui donne l’impression d’une tristesse immense, d’un vaste gâchis et d’un incroyable aveuglement, est la lecture de la scène qui suit l’abandon d’Hélène à Pâris, quand les Troyens et les Achéens semblent hésiter sur la suite de la guerre. Leur sort se décide sur l’Olympe. Zeus entend tout d’abord rétablir la concorde entre les deux peuples, laisser subsister la ville de Priam et rendre Hélène à Ménélas. Héra s’écrie de rage et refuse la paix. Zeus lui cède malgré soi la destruction de Troie mais menace de ruiner par après l’une des villes dont la déesse est protectrice. La réponse d’Héra est terrible:
Trois villes à mon cœur, entre toutes, sont chères : ce sont Argos et Sparte et la vaste Mycènes. Détruis-les donc, le jour qu’elles te déplairont : je n’entends pas les protéger contre ton bras ni te les disputer.
Peu lui chaut que ces villes lui vouent un culte et qu’elles lui aient été fidèles, pourvu qu’elle puisse assouvir sa vengeance ! Et la guerre, stimulée par les dieux, reprend. La suite est un engrenage terrible, de ce premier duel encore élégant entre les deux prétendants d’Hélène, l’affrontement devient un gigantesque carnage où les pauvres héros s’affrontent en combat singulier, l’ombre couvrant bientôt leurs yeux à jamais. Et peu importe que la bravoure des plus vaillants héros serve par la suite d’aristie chantée par les chroniqueurs.
Les œuvres d’Homère sont également la source de la littérature occidentale, le commencement de la narration, telle est l’opinion de Borges, telle celle du Narrateur quand il commente le style de Bergotte,
J’arrivais en vérité à me demander s’il y avait quelque vérité en cette distinction que nous faisons toujours entre l’art, qui n’est pas plus avancé qu’aux temps d’Homère, et la science aux progrès continus
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vendredi, 09 février 2007
Ιλιάς
La redécouverte de l’Iliade est une des manoeuvres les plus pertinentes de ces dernières années et accompagne parfaitement ces journées froides où la neige et les vents dévalent des montagnes couronnant la Ville. Les gens traversent rapidement la place, même sous le soleil ; et il n’est rien de plus agréable que de demeurer calfeutré, à boire du thé et lire.
De l’œuvre, bien entendu inutile d’en commenter quoique ce soit, les strates millénaires d’interprétation suffisent amplement et ce serait –vraiment- la plus sotte des prétentions. Juste saisir l’indignation de Platon face à la représentation des dieux de l’Olympe et comprendre son émoi à une époque où les œuvres d’Homère étaient lectures obligées pour tous les rejetons de bonne famille, ou encore déclamées annuellement à l’occasion des Panathénées. Le divin ne devrait jamais dispenser le mal ni nous tromper.
Or, les Olympiens homériques paraissent si mesquins, poussant les hommes à la guerre et le leur reprochant ensuite, attisant les haines, infanticides de héros dont ils sont de la plupart les parents ou les grands-parents, si foncièrement humains malgré leur immortalité, leur stature, leurs ornements et harnachements d’or, leurs grandes enjambées et leur rire. Car les dieux de l’Olympe s’amusent beaucoup aux dépends de nous autres, pauvres êtres humains et, face à ces exigences du destin, nous sommes si proches, tellement similaires ; les coutumes, les époques, les races et la condition ne sont rien. Le Narrateur ne pense pas autre chose, quand le duc de Guermantes lui enlève son pardessus au seuil de son hôtel et le guide à travers les salons parmi les invités avec des façons de cour XVIIº siècle :
Les gens des temps passés nous semblent infiniment loin de nous. Nous n’osons pas leur supposer d’intentions profondes au-delà de ce qu’ils expriment formellement ; nous sommes étonnés quand nous rencontrons un sentiment à peu près pareil à ceux que nous éprouvons chez un héros d’Homère ou une habile feinte tactique chez Hannibal.
A ce point de la lecture, un des passages les plus poignants semble bien celui qui accompagne le duel entre Pâris et Mélénas. Au moment où Pâris risque d’être tué, et sa mort de mettre fin à la guerre, Aphrodite l’enlève et le place dans ses appartements, dans le palais de Priam, forçant Hélène, envers qui les troyens affirment que leurs maux ne valent pas un seul de leurs regards, à le rejoindre, le consoler et l’aimer.
Première pointe au cœur quand Hélène, parmi les Troyennes aux remparts, s’indigne face à Aphrodite qui l’enjoint de gagner la couche de Pâris :
Va donc t’installer chez Pâris à demeure, en t’éloignant des dieux, en oubliant pour lui le chemin de l’Olympe ! Attendris-toi sur lui, veille sur lui sans cesse en attendant qu’un jour il veuille bien de toi pour femme ou pour esclave !
Sous ces insultes, la déesse alors la menace effroyablement et Hélène est forcée de quitter les murailles divines de la ville, abaissant son voile pour échapper aux regards des Troyennes. Parvenue aux appartements royaux, détournant les yeux afin de ne pas faiblir, elle lance ensuite à Pâris :
Tu reviens du combat. Pourquoi n’es-tu pas mort, abattu sous les coups de mon premier mari, ce robuste héros ?
Puis, soudain, sans doute le contemple-t-elle, et la déesse lui confond l’esprit :
Mais non, n’insiste pas, moi-même je t’en prie : cesse donc d’attaquer et d’affronter le blond Ménélas, follement, de peur de succomber sans délai sous sa lance.
La proie de la passion.
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jeudi, 01 février 2007
"Sur terre, les humains passent comme les feuilles"
Ou encore, quand, après la lecture, dans le Chant VI de l’Iliade, de la réponse de Glaucos à Diomèdes, le héros divin qui blessa Aphrodite et Arès, quand ce dernier lui demande son nom, afin de savoir qu’elle ennemi il doit célébrer d’avoir vaincu :
…Pourquoi désires-tu connaître ma naissance ? Sur terre les humains passent comme les feuilles : si le vent fait tomber les unes sur le sol, la forêt vigoureuse, au retour du printemps, en fait pousser bien d’autres ; chez les hommes ainsi les générations l’une à l’autre succèdent…
Suivi d’une visite dans les montagnes enneigées qui ceignent aujourd’hui la Ville :
Hacía viento.
Recordé lo que decías de las hojas.
Volaban.
Copos de nieve malvas.
Fingían florecer - mientras.
Montañas como olas negras detenidas.
Rumor de flores en las ingles de Darío.
Desde Homero sabemos
Que humanos y hojas
Seguimos pasos iguales
La première comparaison littéraire –selon Borges- des hommes aux feuilles était émouvante. A noter que dans le cas d’espèce, après cette liminaire assez existentielles avant l’heure, Glaucos récita complaisamment ses ascendants, qui remontaient à Sisyphe et Bellérophon, et cette récitation –et cela accentue encore le paradoxe- lui permit d’éviter le duel, car Diomèdes se rendit compte qu’ils étaient « hôtes héréditaires » l’un de l’autre
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