« Allées et venues | Page d'accueil | Lectures et rencontres »

mercredi, 18 août 2004

Saint Idesbald

Nouveau séjour à la Mer du Nord avant de retrouver les torpeurs orageuses de Castille. Mon frère se trouve pour le moment à Saint Idesbald, une petite station balnéaire au nom joliment désuet pas encore trop enlaidie par la spéculation immobilière des années 60, au milieu de la région des polders et des wateringues.

flandre.jpg

Ligne verte plate comme un horizon de mer. Rangées d’arbres penchés sous l’action du vent. Selon le guide local, le saint,

est le patron des pêcheurs, des cultivateurs des polders et de la noblesse flamande

La prière qu’on lui adresse est :

Seigneur notre Dieu, dans votre bonté ineffable vous avez appelé le Bienheureux Idesbald de la vanité du monde, et l'avez fait un ornement de la perfection évangélique. Nous vous prions que par ses mérites nous puissions progresser à son exemple, jour après jour, dans la vie spirituelle. Par Jésus-Christ, votre Fils et notre Seigneur. Amen"

Ornement de la perfection évangélique " Bigre !

Il y reste quelques belles dunes égrenées de cabines claires, et surtout l’étendue de la plage est très vaste à marée basse, divisant le sable en chenaux et d’immenses surfaces ridulées sous l’action du vent. Oscillant entre le nacre et le miel. Les dunes sont fichées à la plage par des réseaux de rosiers pimprenelles, les onagres et les argousiers.

ides.JPG

L’arrière-pays est très beau, les transgressions marines ont laissé des traces, des marais, des prés-salés, des chenaux, des canaux et de nombreux cimetières militaires, la province ayant été le lieu des grands champs de bataille de la Première Guerre Mondiale. D’immenses étendues de croix blanches entre les champs. Une romancière belge aujourd’hui méconnue, mais qui possède une belle plume, Marie Gevers, décrit admirablement l’ambiance de ces plaines particulières des Flandres.

ides2.JPG

L’endroit se trouve à quelques kilomètres de la frontière française, ce qui ajoute à son charme parce que les locaux sont bien moins à cheval sur l’usage du flamand, les commerçants vous adressent par exemple la parole dans les deux langues, genre "goienmorgen, bonjour, what willt u ? que voulez-vous ? ", et ils adaptent leur discours en fonction de la réponse qu’on leur donne. Cela change des fâcheuses velléités flamingantes de l’autre bout de la côte, au Zoute, ou plutôt à Knokke, où une poussée radicale rend l’endroit bien moins agréable qu’avant. C’est tristement ubuesque, ce pauvre royaume est déjà du genre confetti folklorique –un ami parisien m’a dit un jour que cela faisait très Contes d’Hoffmann, une monarchie francophone voisinant la France-, la côte fait environ 65 kilomètres entre la frontière française et la frontière hollandaise (mon frère a joint les deux bouts l’année passée en roller, dans le temps record de 4 heures), Bruxelles se trouve à 100 kilomètres d’Ostende. Des distances médiocres, donc, et il faut que les querelles linguistiques de gens qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez enveniment la vie des personnes plus raisonnables. C’est toujours curieux de considérer le combat des fourmis acharnées à défendre quelques brindilles. Même s’il est justifié historiquement, le contentieux linguistique ne manque aujourd’hui pas de bassesse quand, comme en manière de contraste, la plupart des institutions européennes siègent à Bruxelles.

Le Zoute est une station balnéaire fondée par une famille, les Lippens.  Le chef de famille est d’ailleurs également le bourgmestre du lieu. Ceux-ci décident de la pluie et du beau temps, règles urbanistiques, types d’arbres à planter, hauteurs des maisons, terrains de golf à bâtir, etc... mais leur pouvoir décroît et ne peuvent éviter certaines mesquineries qui visent à flamingantiser quelques kilomètres carré en plus. Aussi ont-ils commencé un projet immobilier, voici quelques années, visant à " refonder " le Zoute sur la côte française, entre Dunkerque et Le Touquet, de manière à permettre aux Francophones de Belgique de passer leurs vacances en paix, plutôt, dans leur langue. L’ennui, c’est qu’au lieu d’une heure de route depuis Bruxelles, il faudrait en mettre deux.

Ainsi Saint Idesbald est-elle une bouffée d’air frais, et aussi une petite madeleine, parce que mes grands-parents avaient l’habitude de s’y rendre. J’y ai surtout retrouvé l’ambiance heureuse qui s’est emparée de la famille depuis la naissance du petit dernier. A cela s’est ajoutée la demande de mon frère d’être le parrain. Cela m’a semblé étrange, puisque je suis déjà parrain de l’aîné, mais cela me flatte bien entendu. Sinon, petite vie normale, mon frère s’est entiché de " kite surf ", un combiné planche de surf et cerf-volant qui permet des prouesses élégant

Comme le fil coupé

D’un cerf volant

Mon âme légère

Des jours de jeunesse

S’est envolée dirait-on pas ?

Belle image de leur vol et des ailes de toiles vives qui se saluent dans le ciel. Le matin nous petit-déjeunions rituellement de pistolets (des petits pains ronds) que nous fourrions de crevettes grises. La combinaison singulière du café au lait et des crevettes grises, une autre madeleine de l’enfance.

ides3.JPG

09:48 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note