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lundi, 24 janvier 2005
2046
Je poursuis la lecture de romans japonais par les Contes du Conseiller de la Digue, plusieurs récits courts qui sont le pastiche de l’Oeuvre japonaise par excellence, et une des meilleures oeuvres psychologiques qui aient jamais été rédigées, le Dit du Genji, 54 livres ou rouleaux habituellement regroupés en deux volumes, Magnificence et Impermanence. Oeuvre composée par Murasaki Shikibu, une dame de la Cour de Heian aux alentours de l’an mil, apogée de la civilisation japonaise tandis que le monde occidental ne se relevait pas encore de la chute de l’Empire romain. Le Dit du Genji est réellement une de ces manifestations littéraires dites « universelles » et je m’étonnerai toujours que, que je sache, Borges n’en fasse pas mention, alors qu’il participa à la traduction espagnole des Notes de Chevet d’une contemporaine, Sei Shônagon.
En « complément », j’ai été revoir 2046 avec LVMH. En voir l'excellent commentairem chez Fuligineuse. Je dis revoir alors que je devrais indiquer voir. Je m’étais effectivement rendu au cinéma en compagnie de Louise pour le découvrir en décembre dernier mais elle m’a tellement énervée que j’ai tout perdu du film. Louise, ou l’art de m’exaspérer. Quant à LVMH, il le savourait pour la quatrième fois, l’ayant apprécié pour la première fois lors de sa sortie à Hong-Kong. Notre rythme de rencontre se résume en moyenne à une sortie tous les quinze jours. Il revenait maintenant de Paris et s’en allait inaugurer une collection à Athènes. Je ne sais sincèrement pas du tout pourquoi il trouve un certain plaisir à me voir. J’ai parfois l’impression d’être le Cousin de Province quand il me détaille par le menu les excès qu’il commet de part le monde, des gens qu’il a connu ou qu’il fréquente, de ses succès professionnels comme en société. Il aime me présenter à l’une et l’autre personne que nous croisons selon le hasard et les probabilités des rencontres, et il prend plaisir quelquefois à me susurrer un Nom comme d’un « Sésame-ouvre-toi » mondain puis de m’affirmer avec délectation lors du rendez-vous suivant :
-Tout Madrid se questionne à notre sujet !
Et de penser en moi-même : « ah ! eh bien cela me fait une belle jambe ! »
Les vanités sont innombrables et j’en nourris tout autant qu’un autre, elles diffèrent seulement selon les tempéraments. Je sais que je suis bon public et que ma faculté –apparente- d’écoute peut sembler inépuisable, mais je suis tout de même interloqué du plaisir qu’il trouve à me voir. Soit, je ne suis pas benêt à ce point et je devine bien qu’il existe une certaine part d’attirance, mais alors je ne comprends pas pourquoi il est si distant physiquement. Bien entendu, j’ai décortiqué par le menu le cas en compagnie d’Inés qui affirme que je suis l’objet d’une affection platonique, nourri par Celui qui a trop vécu et a commis tous les excès dans un monde où il est si facile de f… mais si difficile de cultiver un sentiment. J’ai à nouveau pensé :
- Cela me fait encore une belle jambe.
Et ce fut également une autre occasion de tristesse, de se rendre compte que les sentiments amoureux se galvaudent tellement que la non-réalisation devient finalement plus puissante émotionnellement. La communion ne se ferait plus par les sens mais par l’esprit. Les gens sont las de moeurs trop faciles. Il est si simple de s’effeuiller. Et ils demandent des sentiments. Est-on à ce point dépravé ? Je ne sais pas si c’est de la simple innocence de ma part, mais je ne suis pas –encore- parvenu à ce stade de la désillusion de penser qu’il est plus beau, élégant, ou que sais-je, de nourrir un sentiment platonique plutôt que d’aimer une personne dans toute les implications, toute la "puissance", du terme. Je « résonne » à ce point vieux jeu : une vieille cloche de village qui tinte pour une chapelle désaffectée ?
10:45 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Commentaires
Miscellanées:
Nous portons tous des masques, LVMH comme les autres, et la confession d'un masque est chose rare (Mishima encore).
Ton sentiment d'une prévalence de l'amour platonique me surprend.
Une vieille cloche dans une chapelle désaffectée, à condition qu'elle recèle une fresque romane.
Ecrit par : Philippe[s] | lundi, 24 janvier 2005
Heureux de te surprendre. C'est un "commentaire d'hiver". Crois-bien qu'en Eté les Madrilènes ne pensent plus du tout aux sentiments "platoniques" que peuvent leur inspirer les sommets enneigés des sierras environnant la capitale.
Quant à la chapelle délaissée, bien sûr, la fresque romane va de soi, la crypte wizigothique et un retable baroque dédoré juxtaposé sur une armature plus ancienne.
Pourquoi "Philippe(s)"?
Ecrit par : selian | mardi, 25 janvier 2005
Il y aurait un roman à faire (n'es-tu pas tenté, Selian ?) sur cette résurgence de l'amour platonique. Je dis résurgence parce qu'à mon avis, il est loin de prévaloir ! Il pourrait y avoir dans ce livre, d'une part ceux qui recherchent la chasteté comme une suprême élégance (puisque tout le monde s'effeuille, comme tu le dis si joliment, avec la plus grande facilité, il devient intéressant de faire le contraire), d'autre part ceux qui la recherchent comme une suprême exigence.
Cela dit, dans les deux cas, ce n'est pas ma tasse de thé. "L'homme total aimera dans sa chair et son âme enfin réunies, inséparables, consubstantielles" (Roger Vailland).
Ecrit par : Fuligineuse | mardi, 25 janvier 2005
Pourquoi [s] ?
Par email, si tu veux.
Ecrit par : Philippe | mardi, 25 janvier 2005


