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jeudi, 27 janvier 2005

Confidences

Le gymnase devient un endroit où je salue l’un et l’autre. Des gens que je connais de-ci et de-là et que je retrouve derrière les grandes baies de la salle principale. Je ne sais pas si je dois m’en inquiéter. Je n’aurais en tous cas jamais rêvé de me retrouver à bavarder entre deux exercices physiques. Il ne manque plus qu’un bar au bord de la piscine ou sur la terrasse, en Eté, et l’endroit serait parfait. La situation me rappelle l’excellent ouvrage « The Swimming Pool Library », de Hollinghurst. Le Voisin Préféré a pris mon entraîneur pour lui. J’ai eu droit aux remerciements de ce dernier mais je ne suis pas très content : j’ai tout simplement peur que le Voisin Préféré ne soit pas aimable avec lui et le traite de haut. Il peut être vraiment désagréable, même quand il semble apprécier la personne. Aussi ai-je prévenu qu’il a « son caractère ». Inés m’a convaincu de me rendre en sa compagnie à une classe intitulée fitness-box, où je me suis ridiculisé en faisant des pas de capoeira tout en imitant des directs et autres mouvements de boxe. Cela dit, la décharge d’énergie est stupéfiante, je suis rentré directement chez moi où je pensais lire et écrire un peu, je me suis reposé un moment sur le canapé du salon et je me suis réveillé en plein milieu de la nuit.

Nos rencontres au gymnase sont toujours suivies de conversations, que nous commençons dans les vapeurs des bains turcs ou dans la piscine, que nous poursuivons souvent dans un bar des environs, comme le Jazzanova, à deux ou en compagnie d’amis. Ainsi, un soir, après m’avoir offert une pivoine, avons-nous rencontré Iván, un de ses amis, un violoniste. Je le connais vaguement de vue, mais je ne savais pas qu’Inés et lui s’étaient amourachés un Eté, à Formentera. Mais Inés le délaissa, car :
- Il n’est vraiment pas bon au lit et il pense toujours à une de ses ex qui l’a laissé tomber il y a quelques années.
Ils sont devenus de très bons amis depuis lors. Pour ma part, j’ai lieu à penser que le fait de se considérer de « très bons amis » devrait impliquer un devoir de discrétion de sa part, mais sans doute le fait que je sois également un de ses « très bon amis » lui permet de divulguer les anti-prouesses d’un autre – une sorte d’égalité dans la confidence – et j’imagine alors qu’elle dut informer Iván, en lui disant de moi :
- Mais oui, tu te rappelles. Il traverse une mauvaise passe pour le moment, il découche n’importe où et il accumule les déboires amoureux.

A vrai dire, je dois être juste, j’imagine la tête d’Inés si elle se doutait que je narre par le menu nos conversations et que je les place sur un blog, à la vue de tout un chacun. Ce serait de bonne guerre… Iván voulait voir Inés pour lui transmettre les derniers détails de sa relation du moment, rendues compliquées par le signe qui semble inaltérable de la Présence de l’Ancienne Petite Amie. J’essayais de ne pas trop le regarder parce que je l’imaginais au milieu de prouesses peu glorieuses tandis que lui, en regard, m’imaginait lutiner l’un puis l’autre sans trêve.

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