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samedi, 14 mai 2005

Taxila

Une des anciennes cités de Gandhara, une des plus belles visites de sites antiques, des collines suaves que dominent les premières chaînes de montagne himalayennes, recouvertes de mimosas en fleurs et d’oliviers sauvages, sans doute les rejetons des arbres plantés par les colonies macédoniennes et séleucides. Le monastère de Jaulian était particulièrement somptueux, établi sur une de ses collines, ont pouvait deviner les stupas et les bases des statues, les traces des flammes laissées par l’incendie déclenché par les Huns Blancs lors de leur passage. Sur des talus non encore dégagés et qui contiennent les anciennes splendeurs du palais royal, en fin d’après-midi, quand la brume s’élevait des champs et voilait les montagnes, des bandes de jeunes gens jouaient au cricket ou rentraient les troupeaux. Vision bucolique.

Symbole du syncrétisme, la rue principale de Taxila jouxte un temple jaïn, un stupa bouddhiste, un calendrier solaire, un immense arbre foudroyé sous lequel Saint Thomas, le supposé frère jumeau de Jésus –les manuscrits apocryphes sont autrement plus intéressants que les Evangiles officiels-, aurait enseigné, invité par le roi Parthe Gondophares. Selon certaines traditions musulmanes, Jésus ne serait pas mort sur la Croix, il serait enterré à Srinagar, et sa tombe est gardée par une famille qui prétend descendre de lui et qui fait encore l’objet d’une dévotion particulière. La mère de l’amie qui m’accompagnait allait visiter sa tombe. On vénère également la sépulture de Saint Thomas à Madras. Quoiqu’il en soit, le lieu était absolument approprié pour y plonger dans un certain mysticisme, l’arbre mort à la manière d’un tableau de Gaspard Friedrich, une plate-forme de pierre recouverte d’herbes rases où le compagnon de Jésus aurait enseigné, les collines voisines et, au loin, les premiers contreforts de l’Himalaya.

La base d’un stupa est remarquable, car il alterne des colonnes grecques, indiennes et persépolides dans une belle pierre rouge. Alexandre le Grand s’y est arrêté avant d’envahir le Royaume de Porus et les Grecs s’y établirent durant trop peu de siècles, juste le temps de donner au Bouddha l’image d’un dieu apollinien, qui s’affinera à mesure du temps et de l’éloignement pour aboutir aux représentations canoniques d’extrême-orient. Selon Arrien, Alexandre le Grand y discuta avec des ascètes nus à l’aide de trois interprètes. Au loin, les restes du palais de l’empereur Maurya Açoka, où il méditait à la paix universelle en plaçant des stèles aux quatre coins de son empire, prônant la tolérance et la concorde entre les hommes. Les Parthes et les Scythes devaient détruire ce rêve durant le règne de son fils. Pourquoi la tolérance prévaut-elle rarement ? A noter que la plupart des gens que je rencontrais et qui possédaient des oeuvres du Gandhara chez eux affirmaient une antiquité bien supérieure à l’âge réel de ces pièces, confondant même les sites du Pendjab aux premières villes du Sind, comme Mohenjo-Daro ou Harappa.

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