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mardi, 11 avril 2006
Les équilibres d'Alberto Burri
De belles expositions en Ville, dont les affiches colorées accompagnent la floraison des arbres ornementaux sur les grands axes. Dans ses nouveaux bâtiments, le Reina Sofia en abrite quelques unes. L’une est consacrée au peintre italien Alberto Burri, auteur d’une peinture dite “informelle”, décrite comme une gestualité spontanée, selon le catalogue, un renoncement quasi mystique à toute forme figurative explicite, mais sous le signe de l’équilibre, de l’apaisement. La ressemblance opère davantage sur l'analogie et la métaphore que sur un quelconque référent identifiable. L’artiste travaille surtout les matériaux communs, la matière conquiert le primat de l'expressivité sur la forme et la couleur, d’autant que le peintre utilise une matière étrangère à la peinture et à ses ustensiles traditionnels. Matériaux rebuts, compagnons de l'arte povera, une activité artistique qui privilégierait le geste créateur au détriment de l’objet fini.
Les expérimentations commencent ainsi avec des matières informes par excellence, comme le goudron (Catrami), ou la moisissure (Muffe), ou encore la pierre ponce et la jute, mais surtout de la sciure compressée dans de la colle (Cellotex), et des résines, dont le traitement produit des craquelures qui ressemblent à de la terre crevassée d’Ethiopie sous la chaleur du soleil (Cretti). Une toile est par exemple recouverte de jute ou de vieux chiffons usés et rapiécés. Elle invite à une contemplation esthétique qui permet d'y cerner plusieurs niveaux de lecture, d’autant que certains tableaux sont recouverts de feuilles d’or sur fond noir ou rouge, qui rappelent des fonds d’icônes byzantines ou de retables romans, et donnent un sentiment “plotinien” de la beauté et de la perfection, comme si les rouges provenaient des mollusques à pourpre d’îles atlantiques teignant les vêtements d’Hadrien ou d’Alexis Commène, et que les noirs veloutés fussent un pan de manteau de Zénon ou d’un hidalgo de Tolède.
Burri intervient aussi directement sur les matières et les objets qu'il intègre à ses tableaux : c'est la série des Combustioni, réalisés d'abord avec des feuilles de plastique superposées que l'artiste travaille à la flamme, proposant à la fois un travail sur le caractère éphémère du matériau de base et sur la couleur que celui-ci prend lors de la combustion. Le même traitement est infligé au bois (Legni) et à la tôle rouillée (Ferri) dans de grandes compositions verticales dans lesquelles la rigidité propre aux matériaux s'oppose à la fragilité des œuvres construites avec les matières plastiques.
Une autre expostion, également au Reina Sofia, est consacrée à Adolfo Schlosser, un artiste autrichien établi en Espagne après des pérégrinations initiatiques dans le Grand Nord, notamment en Islande et au large de Terre Neuve. Les matériaux sont des branches de bouleaux, des champignons filiformes et desséchés, des pierres lavées par des eaux froides, etc… Des dessins sont très plaisants, de phoques, de baleines, d’oiseaux étranges. Un plaisant contraste avec les œuvres de Burri.
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