« Les désirs de la beauté | Page d'accueil | Un photographe surréaliste à Madrid – confusion du signe et de la chose »

jeudi, 27 avril 2006

Le Palais Stoclet

Pour se rendre de la maison au collège. Il fallait emprunter l’avenue de Tervueren, un des principaux axes arborés de la ville, sous les marroniers et les platanes, contournant des bosquets de rhododendrons. Une allée centrale permettait auparavant aux cavaliers et aux promeneurs de se rendre de Bruxelles au parc de Tervueren. Elle disparut dans les années 60. Dans l’ensemble, heureusement, l’harmonie de l’avenue est assez bien préservée : du musée d’Afrique centrale, on longe l’orangerie de l’ancien palais impérial de Charlotte du Mexique, le village de Tervueren, le golf du Ravenstein ; on traverse ensuite la hêtraie de la forêt de Soigne, plantée sous le règne de Marie-Thérèse d’Autriche, et les abords du Rouge-Cloître, démantelé sous la Révolution. Avant de pénétrer dans les premiers faubourgs urbains proprement dit, on délaisse les étangs de la Woluwe et l’on termine finalement à l’Arc de Triomphe du Cinquantenaire. Un peu avant d’aboutir à ce dernier monument, sur la gauche, se dresse, surmonté d’un beffroi cubique, les volumes orthogonaux de la façade de marbre de Carrare et les arêtes de bronze doré du Palais Stoclet. C’est une bouffée d’air frais parmi les hôtels particuliers de style écclectique de l’avenue.

 

medium_stoclet.png

 

Un contemporain, Mallet-Stevens, neveu des Stoclet et peintre, écrivait :

 

Le public est paresseux, il lui est agréable de savoir, sans effort, où il se trouve, et les architectes ont eu le tort d'encourager ce défaut. “Pour le public ”, l'église est ogivale, le palais de justice est classique, l'hôtel de ville est Renaissance, le bureau est Empire, le salon est Louis XVI et il est admis que le dancing soit moderne. Le “ moderne ” pour nombre de gens ne “ fait pas sérieux ”, c'est un amusement. Quelques personnes ont dans leur appartement, “ une ” pièce moderne, de même que certains malades condamnés à un régime alimentaire sévère se permettent parfois un excès ; on s'en défend, on se le reproche, mais on y tient ! La chambre moderne est à l'appartement ce que le homard à l'américaine est au dyspeptique

 

Créé pour le banquier Stoclet, mécène et proche de Léopold II, l’édifice est l’un des plus remarquables de la Ville, et il constitue un apax architectural, surtout parmi les ouvrages organiques de l’Art Nouveau que des architectes comme Vandervelde ou Horta érigèrent. Il est vrai, il accorda un crédit illimité à l’architecte. Côté rue, le bâtiment est un palais urbain, dans la tradition de la villa urbana romaine. Côté jardin, l’ensemble correspond à la tradition de la villa palatine du Veneto, la résidence de campagne. Cette conception évoque la tradition humaniste, assez rare en Belgique.

 

Hoffmann était une des personnalités les plus importantes de la Wiener Werkstätte, mais la plus belle réalisation de ce groupe se trouve à Bruxelles. Le Palais Stoclet est une œuvre d’art, aussi bien l’intérieur que la construction, l’ornementation, la décoration et la structure du jardin ont été pensés en cohérence. Eloges de marbre de Turili, de Poanazzo ou de Portavenere, le palais est l’icône d'une Atlantide moderne, engloutie par les désastres universaux que nous suscitons. La sérénité des surfaces sert d'écrin à des sculptures grecques ou byzantines, à des peintures chinoises, perses, japonaises, aux tableaux de primitifs italiens et flamands. Forstner a orné les plafonds de mosaïques. Minne a posé une figurine d'albâtre sur la fontaine intérieure. Czeschka signe les bas-reliefs en cuivre. Les fresques murales sont de Klimt. Hoffmann en personne a dessiné le piano à queue Bösendorfer du salon de musique, parqueté de teck et de corallodendron. Les jardins géométriques, abrite un pavillon veillé de nymphes ciselées par Lucksch. A noter que van Rysselberghe refusa de peindre pour un ouvrage créé par des Teutons se toquant de byzantinisme!

 

medium_stoclet1.jpg

 

Hoffmann travaillait également avec des lignes optiques grâce auxquelles tout était relié, à la manière des correspondances de Baudelaire. Chaque détail, depuis la clinche d’une porte au portemanteau s’intégrait à l’ensemble. La collection d’objets d’art que la famille rassemblait trouva une place dans le palais et fut également intégrée à l’architecture. C’est ce que l’on nomme une œuvre d’art totale ou « Gesamtkunstwerk ». Chaque élément est conçu pour le tout, et rien ne doit le déparer. Les fleurs de la table toujours d’un ton unique et la cravate de M. Stoclet s’harmonisant avec la toilette de la maîtresse de maison. Les soirées étaient exceptionnelles. Souvenir d’un invité :

 

La villa se dresse là rectangulaire comme une vieille tombe égyptienne, mais tu pénètres ce soir dans l’espace enchanteur d’une basilique dans le style de Ravenne. Soudain la porte s’ouvra et la maîtresse de maison lamée d’or par Poiret et coiffée d’aigrettes, au côté d’Adolphe Stoclet, droit dans sa barbe symétrique et lustrée d’Assourbanipal, l’escalier de marbre descendant sur le chemin vers le salon de musique, où Armène Ohanian, une gracile danseuse syrienne, attend sous un voile noir, pendant qu’elle tape sur un tambourin qui était presque aussi grand qu’elle, oui, à ce moment là les invités avaient le sentiment d’être dans une ambiance de conte de fée et l’ensorcellement marchait

09:00 Publié dans Bruxelles | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note

Commentaires

Merci pour ces informations détaillées sur cette maison qui m'a toujours intrigué.Je passe devant presque tous les jours. Je crois qu'elle est ouverte au public sur demande.

jérôme

Ecrit par : jérôme | jeudi, 27 avril 2006

Merci. Malheureusement, depuis le décès de la baronne Stoclet, en 2002, les héritiers se le disputent et voudraient disperser les collections, qui ne sont pas encore protégées par le gouvernement bruxellois. L'Autriche aurait voulu l'acquérir mais sa valeur est énorme. Depuis lors, il est fermé.

Ecrit par : selian | jeudi, 27 avril 2006

Le Palais Stoclet m'a, dés que j'en ai entendu parler, d'abord impressionné, puis intéressé et enfin passionné. La 1ère fois que je l'ai vu, c'était lors d'une exposition "Europa", qui se tenait en Belgique, sur la Sécession Viennoise, en 1988, je crois.
Je revenais d'un mois passé à Vienne sur les traces des architectes du"Jugendstil" et n'avais pas pu m'empêcher de faire un détour par l'avenue de Tervuren pour voir en vrai ce que je gardais alors en mémoire sous la forme d'une fabuleuse maquette en bois présentée lors de l'exposition "Vienne", qui avait eu lieu au Centre Beaubourg quelques années plus tôt.
J'étais alors en 1ère année d'étude d'architecture intérieure et cet exemple de réalisation globale était LA référence et représentait le summum de ce qu'un architecte pouvait souhaiter réaliser. Secrètement je souhaitais pouvoir, à mon tour, avoir à répondre à une demande similaire à celle que M. Stoclet avait un jour faite à Joseff Hoffmann...

C'est chose faite depuis 7 mois et c'est le début d'une grande histoire grâce à des clients russes qui ont cru en moi suffisament pour me demander de concevoir leur demeure de A à Z. Du terrain vide au dessin des assiettes et du linge de maison, en passant par la conception architecturale, bien sûr, et le dessin du jardin, tout y est.... Par la similitude du programme des Maitres douvrage et l'importance du projet (2600 m²) j'ose dire que ce projet est apparenté au palais Stoclet, même si stylistiquement les deux bâtiments n'ont rien de commun. Mais on retrouve dans mes intentions, des références à des réponses que j'avais alors trouvées en détaillant, voire en décryptant le Palais Stoclet. J'ai donc pu mettre à profit le résultat de toutes ces années pendant lesquelles le Palais Stoclet, mon modèle, ma référence, m'avait amené à faire des recherches et à élaborer des hypothèses pour les espaces que j'ignorais ou, carrément à imaginer des variantes.... Du reste l'article le concernant dans le livre "Joseff Hoffmann, l'oeuvre architectural" de SEKLER chez Mardaga est très complet. Mais il donne aussi envie d'en savoir encore plus.

Bien sûr je me souviens être resté devant ces grilles et cette façade en souhaitant ardement pouvoir y entrer pour voir de mes yeux.... Et, sûrement, y aurais-je vu des choses auxquelles je ne pense même pas aujourd'hui. Mais je crois également que je ne me serais sûrement pas autant imprégné de cette oeuvre si sa porte avait été ouverte. Cette frustration m'a obligé à conserver ouvert en permanence dans mon cerveau un dossier "Stoclet", que je continue même à remplir présentement. Je reste ravi de pouvoir affiner ma vision de cette réalisation grâce à des découvertes, faites au détour de lectures, de détails qui corrigent ce que mon imagination avait complété.

Ouvrir le Palais Stoclet au public? Quand on voit comment celui-ci se comporte dans les musées et demeures déjà vouées à l'accueillir; quand on entend les commentaires affligeants, si ce n'est méchants ou jaloux, je ne suis pas sûr qu'il en soit digne!! Par contre l'ouvrir sur rendez-vous serait formidable, particulièrement pour les étudiants en architecture, car dans ce domaine, cette réalisation est un véritable "must". Il a été à l'origine d'innombrables projets, mais n'a jamais été égalé. Du reste, on retrouve le palais Stoclet dans certains projet du jeune architecte Robert Mallet-Stevens et pour cause, il était apparenté à la famille Stoclet par Madame.

Ah! la famille justement... Ne pourrait-elle pas créer un album, regroupant photos descriptifs, plans, archives des échanges entre les maitres d'ouvrage et d'oeuvre (car il n'y a rien de plus vivant et intéressant pour comprendre l'évolution d'un projet que les commentaires d'un client sur les propositions d'un architecte en réponses à ses attentes!!) Il pourrait même y avoir des éléments plus "humains", tels des souvenirs de famille,, des descriptions d'ambiances faites par tel enfant , puis sa vision en adulte, peut-être des films tournés lors de soirées mondaines... que sais-je encore? Tout ce qui contribueraient à montrer que l'on vivait dans cette demeure, même si elle est une oeuvre d'art en elle même et que l'on était à 100.000 lieues du concept consistant à faire fonctionner "une machine à habiter". Et puis il y a tellement de choses à dire sur cet héritage culturel; et tellement plus passionnantes que de savoir à quel prix tout cela a été estimé.

Du reste, c'est en restant fermé, ou en n'étant que très rarement ouvert que ce bâtiment acquiert son statut de mythe dans son domaine. Il demeure à l'origine de beaucoup de frustrations, mais aussi le moteur de tant d'imaginaires. N'est-ce pas en fantasmant et en osant que l'on avance???

Chapeau bas, Monsieur Hoffmann! Chapeau bas,Monsieur Stoclet!

Ecrit par : didier | mercredi, 14 février 2007

Cela donne envie de connaître ce projet russe. Dans les environs de Saint-Pétersbourg ou de Moscou?

Il est vrai que souvent un lieu clos est souvent plus intéressant qu'un espace que l'on visite. L'imagination y est plus à son aise.

Quant à la collection de souvenirs de famille, ce sera tâche difficile. Les membres de la famille ne s'entendent pas entre eux. Une exposition l'année passée à Bruxelles sur l'art de la Sécession viennoise se fit sans aucun objet du palais, et sans autres photos que d'anciens clichés.

Ecrit par : selian | jeudi, 15 février 2007

je n ai pas reussi a visiter ce palais en raison de l absence du maitre des lieux .est ce possible, merci de me repondre

Ecrit par : stoclet | mercredi, 26 décembre 2007

je n ai pas reussi a visiter ce palais en raison de l absence du maitre des lieux .est ce possible, merci de me repondre

Ecrit par : stoclet | mercredi, 26 décembre 2007

comment peut visiter ce palais?
nous voudrions, à l'occasion d'un séjour de découverte à Bruxelles, pouvoir visiter ce palais

Ecrit par : chapron | dimanche, 20 janvier 2008

etant constructeur en retraite !83 ans et sachant mes origines nordiques je suis tres interesse par ce palais et cette famille serait il possible de visiter ? MERCI

Ecrit par : STOCLET | vendredi, 20 juin 2008

Ecrire un commentaire