« Blanche ou la Beauté | Page d'accueil | Maria Teresa ou la Verdurin »

lundi, 26 février 2007

Lucia ou l'Emerveillement

Lucia est la nouvelle fleur de pois de ces derniers mois, d’autant plus merveilleuse que sa floraison est tout à fait surprenante, inespérée, comme une de ces graine rares ramenées d’une expédition exotique et qui germe, croît, tige longue et s’ouvrant en de magnifiques pétales. Wallis Simpson affirmait que a woman can't be too rich or too thin. Jeune étourdie, mince, haute et attirant les regards des hommes, Lucia représente plusieurs nouveaux aspects de l’existence en Ville, tant diurnes que nocturnes. Sous son égide, il faudra peut-être –incroyablement- bientôt apprendre les élégies olympiques de Pindare. Sous son protectorat également, c’est une succession d’événements et de fêtes, la découverte de nouveaux visages et de nouvelles scènes de représentation.  

 

De ces scènes, non pas l’une des plus belles, mais l’une des plus agréables à avoir été visitée dernièrement est sans conteste la résidence d’un plénipotentiaire, le palais Amboage, une de ces fantaisies de style faux Pompadour construit au début du XX siècle dans l’ensanche de Salamanca pour un riche financier espagnol anobli par le Vatican. De nos jours espace de représentation diplomatique, la superficie carrée de l’édifice offre une succession de vastes salons établis en damier et Visconti aurait parfaitement pu utiliser les vastes salles pour une scène de la Recherche et y métamorphoser Lucia en une mademoiselle de Saint-Loup d’un nouveau genre, déambulant dans l’immense serre d’hiver qui donne sur les jardins que de hauts murs protègent de l’animation urbaine,  

 

Comme la plupart des êtres, d’ailleurs, n’était-elle pas comme sont dans les forêts les « étoiles » des carrefours où viennent converger des routes venue, pour notre vie aussi, des points les plus différents ? Elles étaient nombreuses pour moi, celles qui aboutissaient à Mlle de Saint-Loup et qui rayonnaient autour d’elle.   

 

Après quelques temps, comme pour toutes choses, les fêtes se ressemblent, les mêmes personnes s’y croisent et les lieux publics ou privés où elles se déroulent sont finalement limités. Après son ouverture, l’Urban connut ainsi un temps d’engouement, grâce à sa décoration océanienne, sa façade futuriste dans le cœur historique de la Ville, face à la façade baroque du palais de Miraflores, et son toit en terrasse où des murs recouverts de mosaïques d’or entourent une petite piscine, mais le décor est remplacé ces derniers mois par celui du nouvel Hôtel Me, Hôtel Reina Victoria, vénérable lieu de rendez-vous des aficionados de la tauromachie, place Sainte Anne ; mais aussi le palais de Linares, le siège de la Casa de America, place de la Cybèle. Sentiment étrange d’avoir connu les salons éclectique de la Casa de America pour des conférences austères ou des présentations de livres et de s’y rendre maintenant en nocturne, d’autant plus étrange que l’endroit est un monument classé. Les deux dernières soirées qui y eurent lieu, par hasard, étaient sponsorisées par des marques d’alcool, Bombay Sapphire et Grey Goose, ce qui permit de changer du sempiternel cosmopolitan et de savourer quelques gins au jus de framboise et ensuite divers vodkas au jus de poire ( - définitivement - adopter le gin à la framboise !).  

 

A ces occasions, Lucia arrive inlassablement en retard – elle déteste se retrouver seule et elle envoie un message pour s’assurer qu’une connaissance se trouve avant elle dans un lieu – et elle s’en va toujours parmi les dernières personnes – elle a horreur de se rendre compte des heures tardives. En ce sens, elle est assez Guermantes, elle est incapable de s’en aller d’une soirée ou de laisser partir des invités. Entourée de ses amies, jeunes filles en fleurs terminant en pépiements de perruches, elle parcourt les lieux en riant et en bavardant à gauche et à droite, toujours souriante, toujours aimable, le regard légèrement myope, donnant l’impression de ne pas regarder la personne mais au-delà d’elle, mais riant aussi avec toutes les personnes présentes, et si innocemment aguichante que les hommes et les jeunes gens l’imaginent facile, s’enhardissent et se trouvent décontenancés quand ils se rendent compte qu’elle ne pense pas un instant sortir avec eux mais demeure avec équanimité –impassiblement- aimable avec tous.   Les différences entre les générations en Espagne ne sont pas aussi marquées que dans le nord de l’Europe, aussi il n’est pas rare que Lucia croise non seulement des cousins dans les lieux où elle se rend, mais y bavarde avec sa tante Cocô ou y emmène sa mère. Cette dernière est assez aimable, « légèrement » snob dans ses thèmes de conversations et son goût pour le name dropping, tant des gens que des lieux, ce que sa fille ne commet jamais, par une saine épuration des habitudes de représentation de la génération à la génération qui la suit immédiatement.   A force, on commence à reconnaître l’un et l’autre visages, et à défaut d’amitiés, une certaine familiarité s’installe, à bavarder de thèmes divers et être promené. Par exemple, Lucia présenta une de ses amies, et celle-ci son frère, un artiste que le Temps passionne et qui l’inspire en créant des montres ou des installations dédiées au passage des heures. Une de ses premières questions fut tout à trac : - Connais-tu le fonctionnement des clepsydres ?   Souviens-toi que le Temps est un joueur avide

 

Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.

Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !

Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

11:45 Publié dans En lisant Proust, En Ville, Les citadins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Ecrire un commentaire