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jeudi, 01 mars 2007

Maria Teresa ou la Verdurin

La dernière arrivée – imposée suite à un imbroglio sulfureux – est une Verdurin en mode mineur à la mode locale, castiza. Obligé de la supporter pour des raisons professionnelles, elle me juge délicieusement

Aboli bibelot d’inanité sonore.
Espiral espirada de inanidad sonora.

Et demanda à ce que je lui sois assigné pour lui donner le bras lors des réceptions officielles. Elle me connaît depuis mes premiers pas dans l’Institution, voici déjà huit ans. Depuis quelques semaines, nous nous rendons donc de concert à des actes solennels ou à des cérémonies institutionnelles. Alceste, qui n’en rate pas une, la surnomme Mrs. Robinson et se met à fredonner la chanson de Simon & Garfunkel quand nous nous préparons pour sortir ensemble. Sa conversation, car elle parle beaucoup, d’une voix très douce et égale, est curieusement nostalgique. Un des derniers évènements en date, la création d’une Maison Séfarade en Ville, fut l’occasion de redécouvrir le double patio du palais de la Sainte Croix. L’acte en soi était émouvant, l’hébreu était solennel et conférait un aspect « mystique » à l’événement, le patio était rempli de monde, également dans les galeries attenantes, mais surtout une quadrille de jeunes diplomates nonchalamment penchés depuis la galerie supérieure, têtes inclinées, bras appuyés sur la rambarde de granit et regards mollement lancés sur l’acte tout en bavardant, donnaient un air très « Découverte de la perspective par les peintres de la Renaissance italienne ». La réception qui suivit dans un patio annexe fut tout l’inverse, quand la Verdurin castiza me dit textuellement :
- Approchons-nous, nous devons être vus, sinon il n’aura servi à rien d’être venus.
je sus que j’allais passer un très mauvais moment. Je la suivis donc poliment, majestueuse matrone aux cheveux platinés retenus en immense conque marine au-dessus d’un visage lourd, le cou orné de la combinaison CPCH et d’un tailleur rose façon Chanel revu par Barbara Cartland, se poussant du coude entre les invités, les petits fours et les coupes, se faufilant entre les membres du protocole, les courtisans et les gardes du corps, afin de parvenir aux coruscants objets de ses désirs et de ses admirations, les saluant, alambiquant l’un et l’autre mot gracieux, souriant et satisfaite, me susurrant « mission accomplie », comme si le destin du monde avait dépendu de ses compliments. Songer à un passage de la Recherche, quand le narrateur décrit les gens qui se haussent pour admirer la duchesse de Guermantes à la soirée de sa cousine :

…Nous avancions entre une double haie d’invités, lesquels, sachant qu’ils ne connaîtraient jamais « Oriane », voulaient au moins comme une curiosité, la montrer à leur femme : «Ursule, vite, vite, venez voir madame de Guermantes causer avec ce jeune homme ». et on sentait qu’il ne s’en fallait pas de beaucoup pour qu’ils fussent montés sur des chaises, pour mieux voir, comme à la revue du 14 juillet ou au Grand Prix…

Malheureusement, je ne tenais pas le bras d’Oriane mais celui d’Ursule…

19:45 Publié dans En lisant Proust, En Ville, Les citadins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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