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mardi, 03 mars 2009

Les premières matinées de printemps

Les lieux eux-mêmes ne changent pas, la saison leur est pour le moment fidèle. Malgré cela, un des antres à la mode, le Gift, possède de plus en plus la faveur du public, même s’il est hanté par les ci-devant trends followers, un établissement assez vaste, très 2001 l’Odyssée de l’Espace, au parois blanches et aux lumières changeantes. Assez étrange de s’adresser à un visage rouge qui vire soudainement au bleu ou au jaune. Les conversations, nulles par elles-mêmes, et les étiquettes de cour de province balayée par les invasions barbares, y sont rehaussées par un esthétisme de space opéra. Et pourquoi ne pas imaginer un vaisseau spatial qui nous guiderait, insouciants et luxurieux, vers d’autres galaxies ?

 

Entre-temps, si lentement, le soleil commence à marquer de nouveau les pas de danse de nos propres mouvements. Entendre le champ d’un merle dans la cour intérieure. Impression de fouler une coulée précieuse, une allée pavée de métal rare par les riverains pour recevoir le cortège d’un prince fabuleux qui leur ferait l’honneur de passer entre leurs demeures, des tapisseries splendides sont appendues aux façades. Se diriger, être irrésistiblement attiré vers la droite, là où le soleil se lève. Tout est rendu éblouissant. Des vannes avaient été ouvertes plus loin pour nettoyer les trottoirs, et un flux puissant, aux reflets diamantins, coulait dans les rigoles. S’il fallait adopter une époque historique pour cette belle heure de la matinée, choisir une période byzantine, non pas celle de la gloire justinienne, ni celle du Bulgaroctone, mais une époque antérieure à l’Empire latin, quand l’Egypte est déjà perdue, la Cappadoce menacée. Cependant, jamais dynastie de Constantinople ne fut plus assurée, jamais tant de princesses porphyrogénètes naquirent dans les gynécées de pourpre du palais impérial, pour être données aux princes barbares récemment convertis. Il faudra trouver le nom d’un empereur et le dédier aux matinées de la Ville.

 

Le soleil apparaît, oblique, dans la rue qui glisse vers le Prado et qu’il faut emprunter pour se rendre au palais de Cybèle, dont la façade principale est enfouie sous les travaux de rénovation.  C’est toujours un émerveillement de Jardin des Hespérides. Il faut éviter les boulevards, emprunter les rues historiques aux pavés branlants, traverser les places couvertes de platanes dénudés où les serveurs ouvrent les rideaux de fer avec fracas, éviter les files des immigrés qui tentent de régulariser leurs papiers officiels auprès de l’administration locale, marcher plus lentement auprès des mendiants qui s’éveillent d’entre leurs cartons, contourner les aveugles qui pénètrent dans un édifice de la ONCE aux tic tic graciles de leur fine canne blanche, et les chasseurs et les clients du Palace et du Ritz, et les gardes du corps, les agents de sécurité, les policiers vêtus de leur uniforme nuit et jaune, les huissiers – et le plaisir de les nommer « ordenanzas » ou « mozos » !-, des ouvriers qui installent une immense verrière pour couvrir le patio du palais ; se rendre compte que la Ville, c’est cela maintenant, cette habitude matutinale, jour après jour, saison après saison.

07:54 Publié dans En Ville, Nocturnes | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

Commentaires

Quelle belle évocation, qui donne irrésistiblement envie d'être à Madrid.
Le retour des beaux jours est toujours une forme de renaissance, d'attention aux détails, de plaisir retrouvé d'être dehors, de redécouvrir la ville... Madrid s'y prête bien.
Profite z'en bien.

Ecrit par : pierri | jeudi, 05 mars 2009

Oui, tu as raison, après un automne et un hiver plus que maussades, le printemps "éclate" avec une vigueur contagieuse. Madrid n'est pas trop loin, ni de Paris, ni de Bruxelles...

Ecrit par : selian | jeudi, 12 mars 2009

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