lundi, 16 mars 2009

Le « clair de lune » des gens

Il est aussi temps de relire les classiques. Il faudrait choisir une dizaine d’auteurs et les relire tous les quinze ou vingt ans. Tous les vingt ans, sans doute, cela paraît plus solennel. Ainsi, redécouvrir Barbey d’Aurevilly, et se laisser nouvellement surprendre par la richesse du vocabulaire, la description byzantine ou carthaginoise de la Femme, et cette lenteur si féline du discours. Certainement, les personnages décrits, comme Maulévrier, ressemblent plus à nos contemporains que les héros de Sense and sensibility.

 

La lecture influence l’existence, ou plutôt le type de roman déborde sur les heures suivantes, ainsi du chapitre juste terminé avant de connaître les nocturnes et en posséder certains écarts. Aussi, après un Amour impossible, où s’affrontaient de manière délétère des personnages aux noms de famille repris de lignées éteintes décrites par Saint-Simon, agrément de se promener en Ville en tentant les prouesses d’affectation décrites dans les pages parcourues un moment auparavant (malheureusement, n’est pas un personnage aurévillien qui veut, surtout, ou même si la timidité accompagne l’attitude).

 

S’il existe un « clair de lune des mots », selon les termes d’Aurevilly, quand « coquetterie » désigne un mot plus senti, il existe également un clair de lune des gens. Cela devenait flagrant lors des confessions de comptoir qui accompagne toujours les sorties en compagnie de qui l’on pourrait nommer l’amant malheureux. C’est d’ailleurs un exemple assez curieux d’amour et de désamour qu’il se complaît à raconter par le menu auprès d’un tandem de fashionables dévoués à l’écouter et le plaindre : comment, durant six mois, il se laisse désirer, et comment, depuis environ six mois, il est devenu celui qui désire et qui se retrouve en face d’un Noli me tangere tout teutonique, où se décèle des pointes de sadisme et de fierté de race. Les implications et les dérivations psychologiques pourraient être intéressantes pour qui voudrait décrire une relation placée sous une vaporeuse cruauté des sentiments. C’est également connaître l’historique de sa vie amoureuse, placé sous le signe du jeune homme entretenu, parce qu’à l’entendre il aurait reçu l’hommage de personnes assez fortunées pour lui permettre de fouler les palaces de ce monde et de savourer les cuisines les plus gastronomiques. Et il est facile de le croire, car il est de ces personnes qui inspirent un élan physique difficilement maîtrisable.

 

Egalement, se rappeler l’appartement superbe où il loge, au plus haut sommet de la tour de Callao, qui surplombe Madrid, les plaines et les montagnes avoisinantes comme le château d’un galion au-dessus d’un malstrom. Son logement est le seul lieu envisageable comme décor pour une histoire d’amour, les vues des baies y prolongent l’étreinte et les fenêtres en hublot donnent l’impression d’un voyage vers une Cythère aérienne.

 

Le connaître est donc devenu l’occasion de se retrouver dans le rôle du témoin. La première vision de lui causa un choc, d’ailleurs, le voir si imposant au-dessus du public, sa timidité lui donnant un aspect alarmant, chemise blanche et pull bleu marine sans manche, mince, terriblement ibérique, à laisser entraîner l’imagination à des fantaisies de beau ténébreux. Mais la nuit le fit dériver dans d’autres lieux. Le revoir au début du printemps au consulat d’Italie pour une fête AD, accompagnant la jeune fille au bandeau, le soir même où il croisait et lutinait le Teuton. Le revoir quelques jours plus tard lors d’une fête d’anniversaire d’un ami commun, quand commençaient les six premiers mois, la phase ascendante où il lui était gré de se laisser désirer. Le croiser à Ibiza, à l’apex de sa relation, contraire saisissant du blond et du brun, une étoile double qui guidait nos nuits à travers l’île harassante de désirs et de désordres. Deux ou trois semaines plus tard, ils rompaient. Aussi, depuis lors, durant ces six derniers mois, c’est devenir l’auditeur compatissant et le croiser lors d’une fête ou dans la rue et se muer en confident involontaire de ses déboires et de ses désillusions, c’est maintenant s’appeler pour sortir ensemble et servir de témoin aux derniers soubresauts des regrets et aux premiers signaux de l’oubli, dans l’intérêt pour une personne qui le croise et lui sourit. Est-ce le désirer ? Sans aucun doute, mais avec le plaisir de ne pas devoir résister, sachant qu’il est difficile, peu conseillable et finalement fastidieux au tiers de devenir acteur.

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lundi, 01 septembre 2008

« … à qui le prêt du moindre trouble de la chair eut fait injure… »

Malgré l’ombre des hibiscus en fleurs, il faisait trop chaud pour se promener l’après-midi. Apprendre à se lever à l’aube et à distinguer.

 

Aussi, grande jarre de thé glacé, ventilateur au rythme colonial, et terminer la redécouverte de la Porte Etroite. Deux cousins, Alissa et Jérôme, s’aiment depuis l’enfance. Avec le temps néanmoins, Alissa s’éloigne de Jerôme afin de sublimer leur amour, l’empêcher de se perdre dans la dérivée charnelle et vivre une foi toute janséniste, qui aboutit au désastre. Ce cri du cœur :

 

Ah ! n’abîme pas notre amour…

 

La chair dégrade. Vraiment ? Etrange résonance de temps très anciens, quand la pureté était un terme de la plus grande importance, qu’il occupait un espace énorme et qui semblait devenir le pilier d’une existence ! Etrange lecture dans une ville consacrée si facilement au plaisir ! Hier encore, un dos torride, tatoué de trois énormes caractères chinois, afin d’interpréter librement l’œuvre de Gide et compléter le diptyque par un volet immoraliste.

 

Toujours la même antienne, trop de pureté entraîne bien souvent à l’excès contraire, comme si l’un devait stimuler l’autre.

 

Lire Un homme obscur, de Yourcenar. Similitudes dans le "ton" et le détachement.

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mercredi, 14 février 2007

"Coule un sang couleur de feu..."

Aphrodite blessée par Diomèdes, une des images les plus fortes de l’Iliade, mis à part la description exhaustive des plaies et des existences fauchées, des conséquences des destines brisés. Aphrodite blessée !

 

 

… elle s’éloigne, épuisée, éperdue. Iris au vol léger prend soin d’elle et la fait sortir de la bataille. Cruelle est sa douleur. Sa belle peau noircit…

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lundi, 12 février 2007

"Trois villes à mon cœur, entre toutes, sont chères..."

La deuxième pointe au cœur est la lecture d’un des moments les plus cruels de l’oeuvre, comme la vague immense hésite à fondre sur les îles et les engloutir, l’instinct de guerre faiblit entre les deux camps après le duel tronqué entre Pâris et Ménélas. Ce poignant au cœur, donc, qui donne l’impression d’une tristesse immense, d’un vaste gâchis et d’un incroyable aveuglement, est la lecture de la scène qui suit l’abandon d’Hélène à Pâris, quand les Troyens et les Achéens semblent hésiter sur la suite de la guerre. Leur sort se décide sur l’Olympe. Zeus entend tout d’abord rétablir la concorde entre les deux peuples, laisser subsister la ville de Priam et rendre Hélène à Ménélas. Héra s’écrie de rage et refuse la paix. Zeus lui cède malgré soi la destruction de Troie mais menace de ruiner par après l’une des villes dont la déesse est protectrice. La réponse d’Héra est terrible:

 

Trois villes à mon cœur, entre toutes, sont chères : ce sont Argos et Sparte et la vaste Mycènes. Détruis-les donc, le jour qu’elles te déplairont : je n’entends pas les protéger contre ton bras ni te les disputer.

 

Peu lui chaut que ces villes lui vouent un culte et qu’elles lui aient été fidèles, pourvu qu’elle puisse assouvir sa vengeance ! Et la guerre, stimulée par les dieux, reprend. La suite est un engrenage terrible, de ce premier duel encore élégant entre les deux prétendants d’Hélène, l’affrontement devient un gigantesque carnage où les pauvres héros s’affrontent en combat singulier, l’ombre couvrant bientôt leurs yeux à jamais. Et peu importe que la bravoure des plus vaillants héros serve par la suite d’aristie chantée par les chroniqueurs.

 

Les œuvres d’Homère sont également la source de la littérature occidentale, le commencement de la narration, telle est l’opinion de Borges, telle celle du Narrateur quand il commente le style de Bergotte,

 

J’arrivais en vérité à me demander s’il y avait quelque vérité en cette distinction que nous faisons toujours entre l’art, qui n’est pas plus avancé qu’aux temps d’Homère, et la science aux progrès continus

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vendredi, 09 février 2007

Ιλιάς

La redécouverte de l’Iliade est une des manoeuvres les plus pertinentes de ces dernières années et accompagne parfaitement ces journées froides où la neige et les vents dévalent des montagnes couronnant la Ville. Les gens traversent rapidement la place, même sous le soleil ; et il n’est rien de plus agréable que de demeurer calfeutré, à boire du thé et lire.

 

De l’œuvre, bien entendu inutile d’en commenter quoique ce soit, les strates millénaires d’interprétation suffisent amplement et ce serait –vraiment- la plus sotte des prétentions. Juste saisir l’indignation de Platon face à la représentation des dieux de l’Olympe et comprendre son émoi à une époque où les œuvres d’Homère étaient lectures obligées pour tous les rejetons de bonne famille, ou encore déclamées annuellement à l’occasion des Panathénées. Le divin ne devrait jamais dispenser le mal ni nous tromper.

 

Or, les Olympiens homériques paraissent si mesquins, poussant les hommes à la guerre et le leur reprochant ensuite, attisant les haines, infanticides de héros dont ils sont de la plupart les parents ou les grands-parents, si foncièrement humains malgré leur immortalité, leur stature, leurs ornements et harnachements d’or, leurs grandes enjambées et leur rire. Car les dieux de l’Olympe s’amusent beaucoup aux dépends de nous autres, pauvres êtres humains et, face à ces exigences du destin, nous sommes si proches, tellement similaires ; les coutumes, les époques, les races et la condition ne sont rien. Le Narrateur ne pense pas autre chose, quand le duc de Guermantes lui enlève son pardessus au seuil de son hôtel et le guide à travers les salons parmi les invités avec des façons de cour XVIIº siècle :

 

Les gens des temps passés nous semblent infiniment loin de nous. Nous n’osons pas leur supposer d’intentions profondes au-delà de ce qu’ils expriment formellement ; nous sommes étonnés quand nous rencontrons un sentiment à peu près pareil à ceux que nous éprouvons chez un héros d’Homère ou une habile feinte tactique chez Hannibal.

 

A ce point de la lecture, un des passages les plus poignants semble bien celui qui accompagne le duel entre Pâris et Mélénas. Au moment où Pâris risque d’être tué, et sa mort de mettre fin à la guerre, Aphrodite l’enlève et le place dans ses appartements, dans le palais de Priam, forçant Hélène, envers qui les troyens affirment que leurs maux ne valent pas un seul de leurs regards, à le rejoindre, le consoler et l’aimer.

 

Première pointe au cœur quand Hélène, parmi les Troyennes aux remparts, s’indigne face à Aphrodite qui l’enjoint de gagner la couche de Pâris :

 

Va donc t’installer chez Pâris à demeure, en t’éloignant des dieux, en oubliant pour lui le chemin de l’Olympe ! Attendris-toi sur lui, veille sur lui sans cesse en attendant qu’un jour il veuille bien de toi pour femme ou pour esclave !

 

Sous ces insultes, la déesse alors la menace effroyablement et Hélène est forcée de quitter les murailles divines de la ville, abaissant son voile pour échapper aux regards des Troyennes. Parvenue aux appartements royaux, détournant les yeux afin de ne pas faiblir, elle lance ensuite à Pâris :

 

Tu reviens du combat. Pourquoi n’es-tu pas mort, abattu sous les coups de mon premier mari, ce robuste héros ?

 

Puis, soudain, sans doute le contemple-t-elle, et la déesse lui confond l’esprit :

 

Mais non, n’insiste pas, moi-même je t’en prie : cesse donc d’attaquer et d’affronter le blond Ménélas, follement, de peur de succomber sans délai sous sa lance.

 

La proie de la passion.

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jeudi, 01 février 2007

"Sur terre, les humains passent comme les feuilles"

Ou encore, quand, après la lecture, dans le Chant VI de l’Iliade, de la réponse de Glaucos à Diomèdes, le héros divin qui blessa Aphrodite et Arès, quand ce dernier lui demande son nom, afin de savoir qu’elle ennemi il doit célébrer d’avoir vaincu :

 

…Pourquoi désires-tu connaître ma naissance ? Sur terre les humains passent comme les feuilles : si le vent fait tomber les unes sur le sol, la forêt vigoureuse, au retour du printemps, en fait pousser bien d’autres ; chez les hommes ainsi les générations l’une à l’autre succèdent…

La première comparaison littéraire –selon Borges- des hommes aux feuilles était émouvante. A noter que dans le cas d’espèce, après cette liminaire assez existentielles avant l’heure, Glaucos récita complaisamment ses ascendants, qui remontaient à Sisyphe et Bellérophon, et cette récitation –et cela accentue encore le paradoxe- lui permit d’éviter le duel, car Diomèdes se rendit compte qu’ils étaient « hôtes héréditaires » l’un de l’autre

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mercredi, 10 janvier 2007

كتاب ألف ليلة و ليلة

medium_1001nuits.jpgPoursuite de la lecture des Mille et Une Nuits. Autant la version classique de Galland était apparue souple et agréable, notamment dans ce désir d’évoquer plutôt que d’exprimer les scènes licencieuses, et dans cette manière très versaillaise de décrire le Califat abbasside ; autant la version éditée par la Pléiade est austère et laisse apparaître une violence plus évidente. Egalement, le choix de ne pas traduire les noms mais de les laisser en arabe enlève certain charme à la lecture, même si le puriste en peut être heureux.

Après une centaine de « et l’aube chassant la nuit, Schéhérazade se tut… », l’édition de Galland ne marque plus les pauses, tandis que ces nouvelles pages égrènent rigoureusement les nuits, la conteuse tranchant arbitrairement les récits de manière à maintenir l’attention du souverain et que la fin d’un conte ne coïncide surtout pas avec la fin d’une nuit, afin  d’avoir l’occasion de recommencer le lendemain par un “On raconte encore, Sire, ô roi bienheureux…” ; et laisser la vie sauve à la narratrice jusqu’à la nuit suivante en échange de la suite de l’histoire.

 

L’histoire liminaire de Schéhérazade et du roi emboîte ainsi tous les autres contes, nuit après nuit.  Cela permet de juxtaposer des histoires qui n’ont aucun lien entre elles sous une forme enchâssée ou en tiroir  La méthode permet à Shéhérazade d’éterniser la succession des récits et d’éloigner l’heure fatale de sa décollation. Cela ajoute aussi à la diversité de l’œuvre puisque chaque nouveau conte n’a pas nécessairement de liens avec le conte précédent et que même le genre du conte peut alors se modifier, dérivant du merveilleux au mystique, de l’érotique au moral. A noter que dans de nombreuses histoires, des malheureux, princes, vizirs, esclaves, sauvent leur vie au prix d’une belle narration, autant de Schéhérazade en mode mineur qui pullulent dans la gigantesque trame.

 

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En version française, il existe également l’édition de Mardrus, plus osée, qui fera se pâmer les symbolistes et les décadentistes, inspirera nombre de ballets et de pièces, et qui causa la confusion de madame Proust dans la Recherche,

Ma mère me fit venir à la fois les Mille et Une Nuits de Galland et les Mille et Une Nuits de Mardrus. Mais, après avoir jeté un coup d’œil sur les deux traductions, ma mère aurait bien voulu que je m’en tinsse à celle de Galland, tout en craignant de m’influencer, à cause du respect qu’elle avait de la liberté intellectuelle… En tombant sur certains contes elle avait été révoltée par l’immoralité du sujet et la crudité de l’expression.

 

Qu’aurait-elle pensé de la présente édition? Se demander si le Narrateur a jamais médité sur l’emprisonnement et la vigilance d’Albertine comme une situation similaire de quelques princesses enlevées et enfermées par des génies ou des rois soupçonneux, des pères jaloux.

 

Le mondain aura-t-il à la soirée de la Mille et Deuxième Nuit offerte par Paul Poiret à la bonne société parisienne de 1911? Comment non plus ne pas se rappeler certains tableaux de Gustave Moreau, ne fût-ce que les représentations du jeune chasseur persan?

 

Cette deuxième lecture révèle d’autres aspects. Par exemple, le merveilleux tient moins de place que dans les souvenirs et maints d’entre eux se transforment en petits traités d’initiation érotique entre adolescents. La facilité des mœurs et les descriptions sont d’une certaines manière très modernes ; de très jeunes gens et de très jeunes filles, tous d’une stupéfiante beauté, bien entendu, qui mènent joyeuse vie, s’enivrent, jettent l’argent par les fenêtres et titillent leur sens avec assez de facilité et sans trop de remords. Beaucoup de violence, viols, enlèvements, jugements sommaires, incestes, hécatombes, émasculations, sévices, … la violence latente la plus « intéressante » étant celle qui pèse sur la conteuse, même si l’on connaît le « happy end », on peut feindre l’alarme, se demander si le Sultan lui laissera la vie.

 

Relire maintenant les réflexions de Borges sur le thème.

 

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mercredi, 15 novembre 2006

Un petit tour dans le Raj britannique

Découverte des impressions de voyages de Somerset Maugham, The gentleman in the parlour, quand le Raj britannique lui permettait de flâner depuis les Indes jusqu’aux confins de l’Indochine, se reposant dans des relais de voyage où le précédait un cohorte de serviteurs indiens et de muletiers du Yunnan, à lui préparer le logement, le dîner, son équipement de chasse, son gin agrémenté de jus de citron frais exprimé et ses livres. Lecture du Côté de Guermantes en Birmanie parmi les tribus Shan. Il est d’une morgue délicieuse et d’une condescendance géniale, il est irrésistiblement fat.

 

L’ouvrage, prêté par un ami, est traduit en castillan. Cela permit la rencontre d’un beau mot en espagnol : vapulear. « Es una belleza que nos vapulea… ». Le mot paraît si frêle, on aurait pu songer à une image de vapeur dorée par l’aube, ou d’un sillage laissé par une barque sur un étang. “C’est une beauté qui nous laisse dériver….” Or vapulear est un terme équivalent à frapper, secouer, agiter. Rien de paisible. “C’est une beauté qui nous frappe…” A rangé aux côtés de desenfadado, ojiplatico, etc,… Blanche, lors du dernier “déjeuner poétique”, cite von Platten: “qui a contemplé la beauté de ses propres yeux se trouve dans les bras de la mort”.

 

Le castillan envahit le quotidien. En sont témoins les hispanismes qui émaillent ces notes, les difficultés à s’exprimer en français dans le cadre d’une relation de travail. Dans quelques jours s’organise la Journée de Bruxelles en Ville, une occasion très surprenante de joindre deux espaces si familiers l’espace d’une journée, de mêler les symboles des lieux de l’enfance à ceux de l’actuel quotidien, défilé de couturiers  bruxellois dans l’Hôtel Palace, construits par des belges, gastronomie de la Mer du Nord pour des palais habitués aux saveurs méditerranéennes,... Dernièrement, se surprendre à compter “un – dos – tres -…”.

 

De là la tentation d’écrire en espagnol. Un essai cet été, une nouvelle. Donnée anxieusement à Blanche, à Filiberto, à quelques autres amis. La simple envie de la complicité. C’est surtout vrai avec Blanche. L’échange est tronqué.

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mardi, 31 octobre 2006

L'ambiguïté de Lord Jim

L’ambiguïté est probablement l’un des mécanismes préférés de Joseph Conrad. Lord Jim maintient une tension équivoque dans plusieurs scènes : le narrateur rencontre un  collectionneur de lépidoptères et commence à lui parler de Lord Jim, durant quelques instants l’amateur pense qu’on lui décrit un nouveau papillon ; ou encore la première description de l’amour de Lord Jim pour une jeune métisse de Bornéo, quand on s’imagine d'entrée que sa compagne est morte et que l’on se rend compte ensuite qu’il parle de la mère de celle-ci. A sa compagne, il a donné Joyau comme surnom. Il s’ensuit une légende inventée par les indigènes. Lord Jim serait possesseur d’une émeraude énorme, gage de bonne fortune, elle aurait été dérobée à un rajah, et gardée entre les seins de la jeune femme.

 

L'ambivalence se maintient aussi tout le long du récit dans la relation de puissante amitié entre le narrateur et Lord Jim. Certaines descriptions paraissent d’effleurements. Les voyages en mer et, a fortiori, le métier de marins favorisent certainement l’établissement de liens forts entre les hommes.

 

Le narrateur parle de son amitié avec Saint-Loup : 

 

Nous causâmes presque toute la soirée ensemble devant nos verres de Sauternes que nous ne vidions pas, séparés protégés des autres par les voiles magnifiques d’une de ces sympathies entre hommes qui, lorsqu’elles n’ont pas d’attrait physique à leur base, sont les seules qui soient tout à fait mystérieuses.

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lundi, 30 octobre 2006

Conrad

Il faut toutes affaires cessantes se mettre à lire Conrad, si ce n’est déjà fait. La première œuvre abordée est un roman court, Homo duplex. Loyauté ambiguë, images des Mer du Sud, corps nu émergeant des eaux et se réfugiant dans une cabine pour y demeurer cloîtré, identité, mésintelligences,... Cette nouvelle, découverte un soir, quand la pluie tombait en trombe sur les pavés mal équarris de la place, provient de la bibliothèque de Filiberto. Depuis, plongée dans Lord Jim

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