lundi, 09 juillet 2007

Albor

Albor canicular de verano

Me levanté temprano

Pero la ciudad ya sudaba

En el agüero ardiente del día

 

Canturreaba una canción calipso

 

J'aimerais tant voir Syracuse

L'île de Pâques et Kairouan

Et les grands oiseaux qui s'amusent

A glisser l'aile sous le vent

 

Tan lánguida como el calor por venir

Mientras desayunaba de algunas frutas

Hiendo papayas naranjas que descubrían

Proles de renacuajos color de azabache

 

Luego atravesé una ciudad febril

En aquel mañana de los dedos de fuego

Me resguardé en el Museo

Penumbra mineral donde me detuvo perennemente el azul de Patinir.

 

Es deleitable mirar las lejanías donde varia un azul saturado

Inventar el mar

Trazar ciudades

Acopiar montañas

Orlar las Sirtes

Arquear el mundo

 

Azul primigenio de Patinir, engalanando el amplio vestido de Beatriz

Una noche de opera donde el mal subyugaba el bien

Bajo el aleteo de los abanicos y

La mirada oceánica del Corregidor

 

Sin embargo el vestido añil

Deslizándose luego en la lobreguez de la noche

Anuló al compás de dos o tres movimientos llanos

La victoria ruin que se disipó y ya no distraía

De la contemplación de la luna ni del canto del grillo

 

11:50 Publié dans En Ville | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note

jeudi, 01 mars 2007

Maria Teresa ou la Verdurin

La dernière arrivée – imposée suite à un imbroglio sulfureux – est une Verdurin en mode mineur à la mode locale, castiza. Obligé de la supporter pour des raisons professionnelles, elle me juge délicieusement

Aboli bibelot d’inanité sonore.
Espiral espirada de inanidad sonora.

Et demanda à ce que je lui sois assigné pour lui donner le bras lors des réceptions officielles. Elle me connaît depuis mes premiers pas dans l’Institution, voici déjà huit ans. Depuis quelques semaines, nous nous rendons donc de concert à des actes solennels ou à des cérémonies institutionnelles. Alceste, qui n’en rate pas une, la surnomme Mrs. Robinson et se met à fredonner la chanson de Simon & Garfunkel quand nous nous préparons pour sortir ensemble. Sa conversation, car elle parle beaucoup, d’une voix très douce et égale, est curieusement nostalgique. Un des derniers évènements en date, la création d’une Maison Séfarade en Ville, fut l’occasion de redécouvrir le double patio du palais de la Sainte Croix. L’acte en soi était émouvant, l’hébreu était solennel et conférait un aspect « mystique » à l’événement, le patio était rempli de monde, également dans les galeries attenantes, mais surtout une quadrille de jeunes diplomates nonchalamment penchés depuis la galerie supérieure, têtes inclinées, bras appuyés sur la rambarde de granit et regards mollement lancés sur l’acte tout en bavardant, donnaient un air très « Découverte de la perspective par les peintres de la Renaissance italienne ». La réception qui suivit dans un patio annexe fut tout l’inverse, quand la Verdurin castiza me dit textuellement :
- Approchons-nous, nous devons être vus, sinon il n’aura servi à rien d’être venus.
je sus que j’allais passer un très mauvais moment. Je la suivis donc poliment, majestueuse matrone aux cheveux platinés retenus en immense conque marine au-dessus d’un visage lourd, le cou orné de la combinaison CPCH et d’un tailleur rose façon Chanel revu par Barbara Cartland, se poussant du coude entre les invités, les petits fours et les coupes, se faufilant entre les membres du protocole, les courtisans et les gardes du corps, afin de parvenir aux coruscants objets de ses désirs et de ses admirations, les saluant, alambiquant l’un et l’autre mot gracieux, souriant et satisfaite, me susurrant « mission accomplie », comme si le destin du monde avait dépendu de ses compliments. Songer à un passage de la Recherche, quand le narrateur décrit les gens qui se haussent pour admirer la duchesse de Guermantes à la soirée de sa cousine :

…Nous avancions entre une double haie d’invités, lesquels, sachant qu’ils ne connaîtraient jamais « Oriane », voulaient au moins comme une curiosité, la montrer à leur femme : «Ursule, vite, vite, venez voir madame de Guermantes causer avec ce jeune homme ». et on sentait qu’il ne s’en fallait pas de beaucoup pour qu’ils fussent montés sur des chaises, pour mieux voir, comme à la revue du 14 juillet ou au Grand Prix…

Malheureusement, je ne tenais pas le bras d’Oriane mais celui d’Ursule…

19:45 Publié dans En lisant Proust, En Ville, Les citadins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

lundi, 26 février 2007

Lucia ou l'Emerveillement

Lucia est la nouvelle fleur de pois de ces derniers mois, d’autant plus merveilleuse que sa floraison est tout à fait surprenante, inespérée, comme une de ces graine rares ramenées d’une expédition exotique et qui germe, croît, tige longue et s’ouvrant en de magnifiques pétales. Wallis Simpson affirmait que a woman can't be too rich or too thin. Jeune étourdie, mince, haute et attirant les regards des hommes, Lucia représente plusieurs nouveaux aspects de l’existence en Ville, tant diurnes que nocturnes. Sous son égide, il faudra peut-être –incroyablement- bientôt apprendre les élégies olympiques de Pindare. Sous son protectorat également, c’est une succession d’événements et de fêtes, la découverte de nouveaux visages et de nouvelles scènes de représentation.  

 

De ces scènes, non pas l’une des plus belles, mais l’une des plus agréables à avoir été visitée dernièrement est sans conteste la résidence d’un plénipotentiaire, le palais Amboage, une de ces fantaisies de style faux Pompadour construit au début du XX siècle dans l’ensanche de Salamanca pour un riche financier espagnol anobli par le Vatican. De nos jours espace de représentation diplomatique, la superficie carrée de l’édifice offre une succession de vastes salons établis en damier et Visconti aurait parfaitement pu utiliser les vastes salles pour une scène de la Recherche et y métamorphoser Lucia en une mademoiselle de Saint-Loup d’un nouveau genre, déambulant dans l’immense serre d’hiver qui donne sur les jardins que de hauts murs protègent de l’animation urbaine,  

 

Comme la plupart des êtres, d’ailleurs, n’était-elle pas comme sont dans les forêts les « étoiles » des carrefours où viennent converger des routes venue, pour notre vie aussi, des points les plus différents ? Elles étaient nombreuses pour moi, celles qui aboutissaient à Mlle de Saint-Loup et qui rayonnaient autour d’elle.   

 

Après quelques temps, comme pour toutes choses, les fêtes se ressemblent, les mêmes personnes s’y croisent et les lieux publics ou privés où elles se déroulent sont finalement limités. Après son ouverture, l’Urban connut ainsi un temps d’engouement, grâce à sa décoration océanienne, sa façade futuriste dans le cœur historique de la Ville, face à la façade baroque du palais de Miraflores, et son toit en terrasse où des murs recouverts de mosaïques d’or entourent une petite piscine, mais le décor est remplacé ces derniers mois par celui du nouvel Hôtel Me, Hôtel Reina Victoria, vénérable lieu de rendez-vous des aficionados de la tauromachie, place Sainte Anne ; mais aussi le palais de Linares, le siège de la Casa de America, place de la Cybèle. Sentiment étrange d’avoir connu les salons éclectique de la Casa de America pour des conférences austères ou des présentations de livres et de s’y rendre maintenant en nocturne, d’autant plus étrange que l’endroit est un monument classé. Les deux dernières soirées qui y eurent lieu, par hasard, étaient sponsorisées par des marques d’alcool, Bombay Sapphire et Grey Goose, ce qui permit de changer du sempiternel cosmopolitan et de savourer quelques gins au jus de framboise et ensuite divers vodkas au jus de poire ( - définitivement - adopter le gin à la framboise !).  

 

A ces occasions, Lucia arrive inlassablement en retard – elle déteste se retrouver seule et elle envoie un message pour s’assurer qu’une connaissance se trouve avant elle dans un lieu – et elle s’en va toujours parmi les dernières personnes – elle a horreur de se rendre compte des heures tardives. En ce sens, elle est assez Guermantes, elle est incapable de s’en aller d’une soirée ou de laisser partir des invités. Entourée de ses amies, jeunes filles en fleurs terminant en pépiements de perruches, elle parcourt les lieux en riant et en bavardant à gauche et à droite, toujours souriante, toujours aimable, le regard légèrement myope, donnant l’impression de ne pas regarder la personne mais au-delà d’elle, mais riant aussi avec toutes les personnes présentes, et si innocemment aguichante que les hommes et les jeunes gens l’imaginent facile, s’enhardissent et se trouvent décontenancés quand ils se rendent compte qu’elle ne pense pas un instant sortir avec eux mais demeure avec équanimité –impassiblement- aimable avec tous.   Les différences entre les générations en Espagne ne sont pas aussi marquées que dans le nord de l’Europe, aussi il n’est pas rare que Lucia croise non seulement des cousins dans les lieux où elle se rend, mais y bavarde avec sa tante Cocô ou y emmène sa mère. Cette dernière est assez aimable, « légèrement » snob dans ses thèmes de conversations et son goût pour le name dropping, tant des gens que des lieux, ce que sa fille ne commet jamais, par une saine épuration des habitudes de représentation de la génération à la génération qui la suit immédiatement.   A force, on commence à reconnaître l’un et l’autre visages, et à défaut d’amitiés, une certaine familiarité s’installe, à bavarder de thèmes divers et être promené. Par exemple, Lucia présenta une de ses amies, et celle-ci son frère, un artiste que le Temps passionne et qui l’inspire en créant des montres ou des installations dédiées au passage des heures. Une de ses premières questions fut tout à trac : - Connais-tu le fonctionnement des clepsydres ?   Souviens-toi que le Temps est un joueur avide

 

Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c'est la loi.

Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi !

Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide.

11:45 Publié dans En lisant Proust, En Ville, Les citadins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

vendredi, 23 février 2007

Blanche ou la Beauté

  Avanzan las flores en los almendros imprudentes.

El frío invitará a bailar a las más hermosas.

Su huella en la nieve yo no la olvidaré

 

Le déjeuner pris en sa compagnie est un des moments les plus agréables de la semaine. Il est attendu avec impatience et nous parlons des mots, de phrases, de sentences, du pur plaisir de s’étonner des différences entre le castillan et le français, de ses goûts pour la montagne, la neige, les pierres, l’aine, la mousse, etc.

 

Nevaba esta noche sobre los senderos

Las huellas anuladas

Bifurcan en el recuerdo  -

 

Entre-temps nous nous inventons des bouts de poème que nous allongeons durant la journée, va-et-vient de livres, de mots, de recommandations, elle demande mon avis sur tel ou tel projet, me faisant admirer des maquettes et des plans de la Ville, notamment ces arbres de bronze aux branches desquels les gens pourront accrocher des billets doux et des poèmes (il faut être optimiste). Nous ne nous voyons que très peu sinon.

 

¿Uniste ambas manos en almendra de marfil

para vislumbrar a las más hermosas, luego

Las más efímeras?

 

Un des moments les plus doux, une après-midi, à nous croiser, à nous arrêter, et à bavarder nonchalamment, longuement, appuyés tous deux à la balustrade de marbre blanc du patio intérieur, sous la grande verrière fleurie et blasonnée, considérant défiler les gens, et sous l’œil inquisiteur d’Alceste qui traverse soudain le patio et gravit l’escalier d’honneur.

 

El viento, señor de las distancias, evitó el vértigo

a las más frágiles en el hueco tibio de mis manos.

Yo elegí el trazado de sus huellas.

 

Alceste se moque légèrement, il propose de déjeuner ensemble puis il s’exclame avec une fausse ingénuité, « ah non ! c’est vrai, ce n’est pas possible, c’est le jour de ton amie poète, c’est votre jour ». Il se vexa un long moment quand il me donna la signification d’un terme et que le lendemain je lui annonçais que Blanche donnait la même signification. 

 

En la pizarra de la nieve dibuja tu futuro.

Ojos, en la sal no miréis el pasado.

Me tendí en la nieve para vigilar la inquietud de los árboles.

Anclados vibraban en la noche.

11:50 Publié dans En Ville, Les citadins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

jeudi, 22 février 2007

Flor de Piel ou l’Egide

Flor de Piel est une des belles surprises amicales de l’année passée, dont il faut être reconnaissant. Connue par l’intermédiaire des activités professionnelles – nous devions préparer un acte ensemble, et nous avons depuis l’une et l’autre activité commune -, nous avons bien vite débordé cette scène aride pour d’autres plaisirs.

 

Plutôt maternante, invitant pour l’une et l’autre occasion asiatique ou diplomatique, depuis des conférences sur la présence espagnole dans le Pacifique au vernissage d’un artiste contemporain coréen, assez sybarite, nous allons également dîner ensemble et nous refaisons le monde à ces occasions, oh !, peu de choses, des visions légèrement désabusées, de sages aspirations, une conception decimonónica. Sa présence sauva des griffes de la Dame de Lahore voici quelques mois, elle est également la confidente de certaines incertitudes existentielles et l’espérance d’autres perspectives.

 

Elle est particulièrement plaisante par son côté dilettante, ayant vécu en maints lieux, New York, Toronto, Constantinople, Dar es-Salaam,… elle est revenue en Ville voici un peu moins de deux ans, connaissant pour la circonstance un de ces « moments-charnières » toujours délicats dans la vie d’une femme.

13:50 Publié dans En Ville, Les citadins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

mercredi, 21 février 2007

La Dame de Lahore ou l'Amertume

« Ah ! Comment peut-on être si innocent ? ». Cette phrase, je me la serai répétée maintes fois, quand à l’émerveillement succédèrent la défiance, le découragement et l’antipathie. De fait, après la visite merveilleuse des ruines de Taxila, après s’être doucereusement lamenté sur les vestiges gréco-bactriens, il y eut dégringolade. Déjà, il ne faut jamais mêler l’amitié aux affaires, d’autant plus si la personne est une virago extraordinaire, prête à défendre ses intérêts comme une lionne. Le pire, c’est qu’une pareille histoire est arrivée à Lisbonne une dizaine d’années auparavant, et que cela n’aura servi de rien.

 

Cette femme alpaga toute une société par des promesses mirobolantes d’argent facile et d’honneurs à glaner par brassées. Entre-temps, avant la débâcle des affaires, elle inonda d’une de ces amitiés envahissantes dont on ne sait comment s’en dépêtrer. C’est bien agaçant, mais les gens trop polis se retrouvent trop souvent enchaînés par des liens qu’ils n’auraient pas souhaité dans un sain jugement mais qu’ils se rebutent à dénoncer, par une certaine paresse et de l’habitude ; de la lâcheté masculine, également. En effet, durant tout un temps, trop affable et trop timoré pour ne pas la décramponner, malgré les conseils des amis. « Envoie-la promener ! On dirait un vieux singe de cirque au rabais », assénait Alceste, « elle fait peur, elle ressemble à Nosfératu au féminin ». Une femme, et de l’âge de nos mères, on se répugne à ne pas la respecter. L’arrivée de Flor de Piel permit de procéder à une opération de largage avec une bienheureuse pusillanimité. La Dame de Lahore avait eu beau se répandre en protestations d’amitiés pures, or, en règle générale, il vaut mieux ne pas croire une femme quand elle vous assure du platonisme. Une

 

Délie objet de la plus haute vertu  

 

n’existe pas souvent dans la réalité. Via sa secrétaire, elle faisait parvenir des cadeaux et des lettres enflammées où elle intronisait dans un anglais fleuri comme son « guide spirituel, mon amant désincarné, mon doux, mon doux, ma passion, si hautement pure, impeccable, sans lequel il me serait impossible d’avancer un seul pas en ce monde », tout en étalant avec complaisance les personnalités qui la poursuivaient, elle, de leurs avances, mais qu’elle devait se refuser à recevoir, par manque de temps, qu’elle entendait uniquement consacrer à une « personne bien plus charmante », sous-entendant d’une manière grossière l’honneur qu’elle réservait. S’inventant la coqueluche des corps diplomatiques et des gouvernements, elle se voit obligée de leur donner des conseils. Sa flagornerie faisait penser à l’ambassadrice de Turquie qui agaçait le Narrateur, dans la Recherche,

 

  « …Quel être supérieur à tous ! Il me semble que si j’étais un homme, ajouta-t-elle avec un peu de bassesse et de sensualité orientales, je vouerais ma vie à cette céleste créature… »  

 

Elle permet d’éviter les guerres et de sauver des coalitions. Intimes de grandes familles du sous-continent, elle est forcée d’aller leur rendre sans cesse visite. A ces récits démentiels de gloire et de haute politique dont elle faisait montre, s’écrier, «  mais mon Dieu !, qu’elle se marie avec un Nabab une bonne fois pour toute, mais surtout, surtout, qu’elle reste là-bas et qu’on  n’entende plus parler d’elle ! »

 

En parallèle à ses prétendus emportements de pure amitié, elle est en même temps orgueilleuse à l’excès, et exigeante, si imbue d’elle-même qu’elle est persuadée d’accorder une faveur à ceux qu’elle l’assaille, tout en étant jalouse envers les jeunes filles qui s’approchaient et surtout s’attarderaient. Elle ne les endure que fugaces et périssables.  

 

La brouille définitive eut lieu comme si de rien n’était, par procuration, dans l'à-propos du vernissage d’une exposition. La commissaire avait organisé l’espace à la manière des cabinets de curiosités de l’ancien temps, avec de belles cartes géographiques, des objets ethniques reliquats d’expositions coloniales précédentes, tissus en fibre de feuilles d’ananas ou de noix de coco, et les incontournables œuvres contemporaines qui laissaient indifférents mais que l’on doit exhiber afin d’étoffer les catalogues et leur donner un aspect plus entier.

 

La Dame de Lahore arriva en retard, elle traversa l’immense esplanade qui menait aux salles d’exposition sous une pluie d’orage ; elle se trouvait costumée d’une tenue vaguement démodée, vêtue d’un ample pantalon noir bouffant et d’un veston blanc à brandebourgs noirs, avec, s’épanouissant de son bustier, une immense fleur aux pétales panachés, mortifères et sombres, de soie et de plumetis, une pivoine arbustive ténébreuse, qui aurait pourtant le pouvoir de chasser les mauvais esprits et d’avoir guéri le dieu Pluton, mais qui surgissait là, de cette poitrine chétive, excroissance vénéneuse. Elle paraissait lasse, de grands cernes lui dévoraient le visage, elle gravit quelques marches vénérables et il fallut se saluer avec amabilité, mais sans se donner l’accolade et sans présenter aucun des amis présents. Flor de Piel, vêtue quant à elle d’une robe couleur d’orange mûre brodée de fils d’or qui la mettait en valeur et contrastait avec l’aspect en échiquier de la dame, se borna à courber légèrement –imperceptiblement, subrepticement - la tête en baissant le regard vers la corolle ténébreuse avec un sourire ironique. La Dame de Lahore était affublée d’une jeune fille dont il fallut plaindre le sort inéluctable, se demandant s’il ne fallait pas la prendre à partie et la sauver, d’autant qu’elle avait joli minois. Toutes deux disparurent peu après avoir salué l'amphitryon. Flor de Piel s’exclama ensuite, « mais c’est l’espionne ! je n’imaginais pas du tout qu’elle allait oser venir aujourd’hui ! », le commentant au cercle réuni autour d’elle, dans un mélange unique de crainte et de commisération. Il se supputait des magouilles, il s’inventait des blanchiments d’argent et des trafics d’armes. Quelqu’un la défendit avec mollesse, pour la forme, « il faut la comprendre, comme femme dans ces pays, ce n’est sûrement pas facile, le milieu masculin ne doit pas être tendre pour elle, elle est obligée de prendre des attitudes de fauve pour se défendre mais pour finir elle les conserve dans la vie courante et elle ne peut s’empêcher de dévorer quiconque l’entoure ou lui fait confiance ». Remarquer ce manège et saisir des bribes de conversation. Se serrer plus près de Flor de Piel qui prit virilement le bras, “Comment avoir pu être aussi ingénu !” Ne jamais se le pardonner. 

 

Au sortir de l’exposition, le temps était particulièrement clément. Les convives prenaient un verre sur les marches de l’escalier tout en devisant. Les chauves-souris remplaçaient les hirondelles et certains pans de ciel possédaient la couleur indigo de tissus indiens. Aucune virago affublée d’une fleur vénéneuse ne gravissait plus les beaux degrés de granit et se sentir –enfin! - totalement à l’aise. Depuis, on se croise à des actes sans jamais plus se saluer

10:00 Publié dans En lisant Proust, En Ville, Les citadins | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note

mardi, 20 février 2007

Inés ou la Disparition

Voici un peu moins d’un an, Inés était la fleur des pois de la Ville, la trouvant belle, l’accompagnant à toutes les occasions, la célébrant, allant au gymnase en sa compagnie, l’invitant à telle ou telle soirée, laissant se propager les rumeurs avec insouciance, jusqu’à ce qu’elle rencontrât un jeune homme de Colombie, qui a le très mauvais penchant de la jalousie. Voici un an donc, l’invitant à un défilé de mode, elle répond :
- As-tu également une place pour…, sinon, je ne peux m’y rendre, tu sais, il est très soupçonneux, très possessif.
- Jaloux ! Mais il ne se rend pas compte de la chance qu’il a !
Le jeune homme de Colombie n’avait visiblement pas lu La Recherche, ou les Charlus y sont la bénédiction de tous les Swann.

- vous ne doutez pas du plaisir que j’aurais à être avec vous. Mais le plus grand plaisir que vous puissiez me faire, c’est d’aller plutôt voir Odette

S’ensuivit le séjour en Sibérie, quelques coups de téléphone et puis plus rien.

La semaine passée, au bureau, défile un groupe d’architectes pour présenter le énième projet urbanistique. Je n’y prête pas beaucoup d’attention. Alceste vient ensuite vers moi et me dit :
- Tiens, tu refuses de saluer les amies d’Inés, maintenant.
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Il y avait une de ses amies dans le groupe et tu n’as pas répondu à son salut
- Je ne l’ai même pas vue.
- Bien sûr, c’est cela même.

Alceste n’en a pas cru un mot et Inés est devenu un chagrin amoureux aux yeux des autres personnes. Cela n’est pas faux, même s’ils imaginent des implications plus sensuelles, car s’entretenir d’elle est attristant. Même Voisin Préféré est encore étonné d’une telle rupture, il était tellement habitué à entendre « Inés m’a appris que… hier encore, Inés…. Ah tiens ! je le dirai à Inés….. tu crois que cela fera plaisir à Inés…. ». Si l’on ne peut pas parler d’amour sans que cela soit risible, le degré d’affection alambiqué de concert était très puissant… de là sans doute l'état de désaffection actuel.

10:25 Publié dans En lisant Proust, En Ville, Les citadins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

lundi, 19 février 2007

Les citadines

Pris l’habitude de dîner tous les quinze jours, en début de semaine, avec un ami de longue date, philosophe, adepte de Kant. Dernièrement, il se moque légèrement parce qu’il se rend compte des disparitions et des élévations dans les amitiés féminines.

 

Avec le temps, les lieux de la Ville se sont remplis d’une population féminine, relations s’affermissant, se stabilisant ou s’exténuant ; Inés ou la disparition, la Dame de Lahore ou la déception, Louise ou la nostalgie, Paula ou l’élongation du temps, Jeune Fille en Fleur ou l’étonnement, Flor de Piel ou l’égide, Blanche ou la beauté, Lucia ou l’émerveillement, Maria Teresa ou la Verdurin…

14:49 Publié dans En Ville, Les citadins | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

jeudi, 14 décembre 2006

Bleu madrilène

Un froid intense s’est emparé de la Ville. Par intense, il faut entendre un temps sec et des températures avoisinant les 10ºC durant l’après-midi, pour plonger et frôler le point de congélation aux dernières heures de la nuit. Cela permet la tenue de splendides journées hivernales, et la célébration du supposément fameux bleu « cielo madrileño », tel qu'on peut le voir à travers une ouverture de la nouvelle aile du Reina Sofia.

medium_RSofia.JPG


L’Excellentissime aime en parler dans ses discours, mais une matinée fut particulièrement heureuse, dans un pavillon du parc du Retiro, la lumière irriguant la salle à travers les amples pins parasols.

A cette occasion, une télévision digitale fut lancée. L’annonce publicitaire est :

Apagas la tele
Enciendes Madrid

Éteint la télé, allume Madrid. Bueno…

medium_madrid.jpg

18:10 Publié dans En Ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

mardi, 05 décembre 2006

De la précellence des belvédères urbains

Blanche prend l’habitude – adoptée également – d’envoyer quelquefois un poème de circonstance à la manière nipponne, pour commenter par exemple la première neige tombée sur les montagnes environnant la Ville. Ou sur une ancienne conversation  sur les amours entre Salomon et la reine de Saba, qui donna :

 

El infinito es un 8 que yace y espera

 

« L’infini est un 8 qui gît et attend», entrecroisant les initiales des deux amants royaux. 

 

Blanche est extraordinaire et l’avoir connue voici quelques mois est une des allégresses de cette année déclinante. Hormis le désir évident de vouloir lui plaire et d’espérer correspondre à ses représentations, elle formule de toute manière des projets pour lesquels il est impossible de ne pas ressentir de la sympathie ou de l’admiration ; l’idée de repenser le centre urbain, cette recherche théorique de la beauté architecturale et de la pureté historique ; l’invention des strates urbaines, par exemple, ou encore celle de planter trois arbres de bronze où les passants peuvent nouer des poèmes ou des messages sous forme de bandelettes.

 

La nouvelle idée est celle des Belvédères urbains. Des études ont déjà été menées et des plans levés sous sa direction. Exceptée la vue du Palais de Oriente qui plonge sur les étendues boisées qui servaient de terrain de chasse aux souverains d’Espagne, qui s’étend sur les faubourgs périphériques et les montagnes avoisinantes, les panoramas sont rares en Ville. A titre de comparaison, un des charmes de Lisbonne est que le visiteur peut en admirer la beauté et la « structure » à la faveur de nombreux miradors qui paraissent spécialement arrangés pour cette fonction, hausser la ville à une beauté plus « plénière ».

 

Une agglomération urbaine doit se laisser embrasser du regard, comme un labyrinthe découvert dans le vol. En ce sens, une des plus belles perspectives urbaines est celle de Tolède, car ses venelles sont parfaitement dédaléennes. Mais il est un  promontoire, une terrasse, près d’un petite église, sur l’autre rive du Tage qui le borde, qui embrasse merveilleusement la ville. Le Greco en a peint une vision saisissante.

 

medium_El_Greco_View_of_Toledo.jpg

 

Se rappeler également une vue « imprenable » de Florence, lors d’un voyage de fin d’année au Collège, ou de la vue de Rome depuis la coupole de Saint Pierre, de celle de Séville depuis la tour de la Giralda. La meilleure sensation qui peut être décrite est celle de l’ivresse. Une perspective enivre, surtout d’une ville où l’on se perd quand on s’y promène. Aussi Blanche a-t-elle fait répertorier les multiples points de vue possible, comme les terrasses des hôtels Urban et Me, la tour de l’église de Santa Cruz, le dôme de l’église de San Fernando, les terrasses du palais de Oriente, des anciennes casernes Conde Duque, autant d’édifices dont les cimes permettraient cette contemplation des méandres urbains. Une fois conclu ce répertoire, il s’agit de convaincre les autorités et les propriétaires d’ouvrir ces trésors à la contemplation des dilettantes.

 

medium_cb.06.jpg

10:30 Publié dans En Ville | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Toutes les notes