dimanche, 22 février 2009

Revoir la jeune fille au bandeau

Revu la Jeune Fille au Bandeau en son palais, où est montée une exposition consacrée à Guantanamo, qui connaît un succès énorme, étant donné les dernières péripéties quant à ce lieu (y aura-t-il un nouveau Piranèse ?).

 

 

 

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Le visiteur s’y retrouve dans la position du voyeur, ou comment Guantanamo choque, mais de loin. Une vidéo représente une jeune fille vêtue d’une robe taillée dans un treillis, tenant en laisse un chien habillé d’orange, comme un détenu de Guantanamo, et faisant du shopping dans les rues de la Milla de Oro de la Ville ; la jeune fille blonde, belle singulièrement, se rendant chez Loewe et Carolina Herrera, le chien perdu entre les paquets. Faut-il en arriver là pour arriver à choquer, encore ?

 

Revu a une autre occasion la jeune fille au bandeau, lors d’une fête organisée par la famille Missoni. Le patio du palais était illuminé, et le bel étage servait d’espace pour une fête patronnée par Bombay. Des danseurs vêtus en Missoni des pieds à la tête entamaient des ribambelles saugrenues entre les personnes invitées. Des courts-métrages défilaient sur les murs blancs, d’autres danseurs. Accompagné d’une amie américaine qui connaissait des relations de la famille, à Los Angeles, aussi ce furent des présentations accompagnés d’exclamations de joie, et ces fameux name dropping et ces récits de voyages de villes en villes qui donnent à sourire.

 

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Un couple d’amis était également présent. Ils étaient très unis à Ibiza l’été dernier mais aujourd’hui leur union bringuebale. L’un demande pardon à l’autre, qui le fait espérer depuis plusieurs mois. Aussi, être le confident involontaire du premier – plus d’un an après avoir été l’amant du second…-, est un exercice plutôt curieux, une sorte d’apprentissage. Mais apprendre quoi ? Que l’on fuit ce qui est attiré par nous, et que nous recherchons qui nous ignore ? N’est-ce pas assez appris ? Faut-il envier ou ignorer ces désordres amoureux ? 

 

C’est cela dit assez agréable de les écouter, d’autant que celui qui se plaint, qui gémit, est particulièrement aguichant et qu’il aime boire et sortir, et que les gens se retournent à son passage. Egalement, le récit de ses incertitudes sentimentales ont pour endroits les endroits les plus divertissants mais surtout son studio, qui surplombe la place de Callao depuis sa plus haute tour et qui donne à toute conversation un hiératisme propre à une messe de Stravinsky. C’est que l’appartement est situé au dernier étage et permet, à mesure que l’on fait le tour des pièces, une vision de 360º de la Ville, et au-delà, par de grandes baies ou des fenêtres en forme de hublot. 

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vendredi, 28 octobre 2005

Nouveaux Portiques III

La nouvelle aile du Reina Sofia s’ouvrit voici quinze jours. Le lieu est devenu extraordinaire.

 

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La nouvelle extension ressemble à un transatlantique ancré amarante et brillant, contrastant avec l’ancienne aile austère, l’hôpital érigé par Sabatini au XVIIIe, mais sans s’effleurer ; un ballet entre le granit et le verre, la pierre contrastant avec la lumière et les parois réfléchissantes.

 

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Aucune rupture entre les deux ailes, elles n’ont absolument rien à voir, comme un tableau de Rothko au-dessus d’une desserte Régence, un espace ouvert au ciel.

 

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Selon l’architecte, « c’est ma propre interprétation de la lumière de Madrid, à chaque heure du jour la lumière entre d’une manière différente et l’édifice vibre à travers les vitres » .

 

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Et c’est en effet un jeu de transparences, de reflets qui déplacent les axes de verticalité et renversent le ciel et la terre, confondent les perspectives, à la manière des marines de Balbec.

 

Les effort d'Elstir de ne pas exposer les choses telles qu'il savait qu'elles étaient, mais selon ces illusions optiques dont notre vision première est faite

 

Je ne sais si c’est par l’influence actuelle de la lecture que je poursuis, qui me laisse pantelant, m’écorche émotionnellement et exaspère la sensibilité, mais j’étais heureux, vraiment euphorique, je me réjouissais en considérant ces transformations importantes dans la physionomie de la Ville, j’espérais juste que ses habitants allaient également “s’amplifier” par cela même. L’éternelle question: les gens font-ils la Ville ou la Ville fait-elle les gens? Somme toute, être partisan de la symbiose.

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mardi, 21 juin 2005

Jésuites en Chine

Un des endroits de Pékin les plus agréables est sans conteste son Observatoire. Il fut construit en 1660 avec l'aide de jésuites portugais et belges sur les murailles de la Cité interdite, à l'emplacement d'une section plus ancienne. On y trouve deux grandes sphères armillaires, un imposant globe céleste, un cercle azimutal gradué, un quart de cercle et un sextant. Les instruments furent construits d'après le Mechanica de Tycho Brahé.

Le père Ferdinand Verbiest fut missionnaire en Chine à partir de 1659. Il fut, à la majorité de l'empereur Kangxi, nommé président du bureau impérial des mathématiques. En cette qualité, il détermina les principaux points géographiques de l'Empire et dirigea les négociations qui fixèrent les frontières de la Chine et de la Russie au cours du traité de Nerchinsk en 1689. C'est à lui que l'on doit les instruments en bronze de l'observatoire de Pékin.

Une planche gravée montre cet observatoire dans l' Astronomia Europae sub imperator Tartaro Sinico Cam Hy appellato:

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Etonnamment, considérant les pulsions de destruction qui se sont emparées de la Chine depuis quelques décennies, les instruments sont demeurés :

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En bons anciens élèves des Jésuites, nous nous sommes recueillis sur les tombes de ces bons pères qui furent les protagonistes de la Querelle des Rites avec le Vatican. Ou comment la mesquinerie des Messieurs de Rome mirent fin à une tentative de conciliation entre deux mondes.

C’est assez intéressant, parce que je suis en train de lire pour le moment de véritables aventures écrites par une femme Ella Maillart, « Des monts célestes aux sables rouges » ou comment traverser l’Asie centrale sous le régime de Staline des années 30. Une délicieuse folle (et l’immense contraste avec le séjour de Saint-John Perse en Chine . Lire rené Grousset, bien vieilli aujourd’hui, mais toujours fort agréable à lire, était ce qui se faisait de mieux à l’époque et elle pioche allègrement dans ses livres. Notamment, une réflexion triste qui témoigne d’une tentative similaire de syncrétisme quelques siècles plus tôt, quand la domination mongole permettait au missionnaires de rencontrer les Nestoriens de Chine et d’entrer en contact avec la cour de Karakorum.

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mardi, 17 mai 2005

Images de Peshawar - l'Université

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dimanche, 15 mai 2005

Images de Taxila

Quelques images des ruines de Taxila:

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La contrée où fut fondée la ville, les premiers contreforts de l'Himalaya en arrière-fond

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Le bel appareillage de pierres utilisé pour bâtir les maisons

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La base d'un stupa où alternent les styles architecturaux

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Une petite colonne grecque

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Un bouddha qui se trouve à la base d'un stupa

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Un arbre sous lequel Saint Thomas aurait prêché.

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jeudi, 12 mai 2005

Images de Lahore

Principalement deux sites.

Les jardins de Shalimar:

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Et la mosquée Wazir Khan:

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Et surtout les peintures et les céramiques qui ornent la mosquée:


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mercredi, 13 avril 2005

Images de Séville

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08:50 Publié dans Images | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

mardi, 08 février 2005

Villes d'Estrémadure

La moitié septentrionale de l’Espagne souffrait d’une vague de froid singulière. Les plages des Baléares se couvraient de neige et les palmiers de Grenade gelaient. Heureusement, quand nous sommes partis en excursion, le soleil effaça tous les nuages et nous avons traversé des champs dénudés, pelés, secs, mais sans neiges. Elle demeurait seulement dans les sierras voisines, que nous longions pour rejoindre l’Estrémadure. Une route splendide, rectiligne, traversant les steppes de Castille et côtoyant le grand complexe montagneux du centre de l’Espagne, qui barre le pays en son milieu et empêche les pluies de vivifier les régions d’Andalousie. C’est exactement le paysage auquel je pense après avoir lu cette réflexion de Saint-John Perse, qui affirmait que ce qui se rapprochait le plus en Europe de la Chine étaient les plaines de Castille :

… La même terre épilée, déboisée, écorchée vive, avec plus de mordant, de saveur et d’accent ; aussi la même poussière, rouge ou jaune, couleur d’argile humaine, et la même nudité des hautes tables d’un grand pays…


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Et en effet nous pouvions admirer les formations nuageuses de l’autre côté des cîmes, tandis que nous roulions sous un soleil splendide où que nous prenions l’apéritif à Oropesa, bourg endormi affublé d’un immense palais épiscopal qui sert maintenant de parador. L’éloignement des montagnes les rendait diaphanes, translucides, couleur d’opale. Sentiment de privilège.

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L’Estrémadure était une des provinces les plus pauvres de Castille et de nombreux cadets de famille, hidalgos dédorés mais valeureux, s’en allèrent dévaster les Amériques, suivant les pas des premiers découvreurs. La ville de Trujillo, où nous avons déjeuné, possède une consoeur au Pérou, de même que Medellin, Guadalupe, et les noms des conquistadors fameux, Pizarro qui anéantit l’empire incaïque et Cortés qui annihila le pays du Quetzalcoatl, proviennent de ces bourgades, mais aussi Orellana, Cabeza de Vaca.

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Nombreux furent ceux qui périrent mais la poignée qui revint au pays surchargea les bourgs natals de palais fabuleux, sans aucune mesure avec la taille modeste des établissements humains de cette province, des édifices orgueilleux aux façades s’ornant de ce style renaissance propre à l’Espagne, le plateresque, surchargés de blasons prétentieux et d’ornements qui causent aujourd’hui l’admiration du visiteur mais durent être jugés très nouveau riche par les gens demeurés dans leurs terres.

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Il en reste aujoud’hui ces fières bâtisses et une route touristique la Ruta de la Plata, la Route de l’Argent, qui sinue entre les olivieraies et les chênes-lièges.

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Il faisait délicieux sur la place de Trujillo, nous avons mangé dehors, sur une terrasse posée entre deux de ces façades « de revanche ». Nous nous sommes ensuite rendus vers Cacéres, autre bourgade hautaine, réfugiée dans des murailles almohades où les palais rivalisaient de splendeur et de fierté.

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Les murs y déploieraient plus de 1.300 blasons, armoiries de familles dont on a aujourd’hui oublié la plupart des noms. Quelques uns demeurent cependant, notamment celui, compagnon de Cortés, qui se maria à une fille de Moctézuma et revint dans sa patrie en compagnie de cette princesse aztèque pour fonder une famille dont le palais énorme s’abrite encore dans l’enceinte de la ville, sous la bonne garde des sempiternelles cigognes.

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vendredi, 19 novembre 2004

Les tombeaux mandchous

Une autre lettre et d’autres images de ce " pays de très grand âge " :

" … Je suis donc allé visiter ces fameux tombeaux impériaux mandchous de l'ouest (la dernière dynastie se faisait aussi enterrer à l'est de Pékin - j'irai visiter la nécropole orientale le mois prochain). Cela m'a impressionné plus que tout à Pékin. Je ne m'attendais pas à cela. D'abord, au contact physique avec les anciens souverains de Chine. J'avais certes visité à Pékin tous les lieux où ils vécurent mais je n'avais pas senti à quel point ils en étaient absents et comme la foule d'aujourd'hui nous obsède bien plus que les empereurs. Dans la nécropole, on est vraiment seul avec les membres de l’ancienne dynastie, dans une espèce de stagnation de l'histoire ; la Chine les a pour ainsi dire abandonnés comme des déchets ; les touristes n'y vont même pas. Tout s'est fossilisé. Les anciens gardiens des lieux mortuaires, cette foule d'ouvriers, de ritualistes, de militaires qui vivaient pour et par les tombeaux, sont toujours là : un restaurateur du petit village installé sur la nécropole nous a assuré que tout le village descendait des anciens gardiens de la nécropole (trois générations ou quatre), qui appartenaient au second niveau de l'aristocratie mandchoue, "Bannière bordée de jaune". C'est là que l'on se rend compte à quel point, du temps des derniers Mandchous, l'empire était déjà mort ; les Chinois ne l'ont pas regretté une seconde ; c'était déjà une chose exotique. La pure grandeur impériale chinoise m’aura frappé pour la première fois aussi. Le malheur de la capitale est que les palais ont continué d'être habités jusqu'à la déconfiture finale et une certaine médiocrité les hante; d'ailleurs j'avais hébergé en moi sans le savoir un certain mépris envers eux, qui nous offrent une image assez méprisable de la grandeur impériale en effet. Là, aux tombeaux, tout cela est évacué. On sent ce que cela a pu signifier, un empereur de Chine. Figure-toi toute une vallée, des espaces vides, des portiques , des ponts, des stèles, des tumulus, tout cela d'une taille considérable. Le luxe de l'espace; peu de décoration, des structures toutes strictement identiques, copiées sur un modèle immuable qui est bien sûr une recréation de ce qu'on imaginait des tombeaux des rois de l'antiquité. J'ai été particulièrement touché par le tombeau de l'empereur de l'ère Guangxu (les empereurs n'ont pas de nom; seulement un nom d'ère), le seul où l’on peut accéder à l'hypogée funéraire, et toucher le cercueil. Cet empereur est celui de Segalen, l'histoire de l'amour de Segalen pour le jeune empereur maladif, prisonnier du palais, qui a essayé de sauver l'empire en le réformant ; lorsque le narrateur arrive à Pékin, l'empereur est enfermé dans son tombeau, il est désormais impossible pour l'éternité de le rencontrer ; le narrateur va alors s'enticher d'un jeune homme qui prétend avoir connu l'empereur et même avoir été son ami. Cette histoire est très émouvante. Segalen est probablement la seule personne qui nous parle encore de cet empereur de l'ère Guangxu, mort à 37 ans, dont on ne parle jamais en Chine. Et justement, il reposait là, devant moi. Personne ne s'en soucie plus sauf moi en ce moment-là.

Je t'envoie une série de photos du tombeau.

1. La première est celle du tombeau au loin, au bout de l'allée sacrée.

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2. de l’autre côté

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3. l’entrée au temple servant au culte

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4. derrière le tombeau se trouve le tumulus qui est la règle en Orient : le corps n'est jamais dans un trou mais on entasse de la terre sur lui pour former un tertre. Ici évidemment le tertre est très haut. On en voit le sommet, qui doit rester stérile si le tumulus est entretenu (c'est le cas ici).

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5. la chambre funéraire ; la photo est mauvaise mais il s'agit d'un long couloir avec une succession de passages; on distingue le cercueil au fond.

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6. L'énorme pavillon abritant la stèle (portée par deux gigantesques tortues) qui indique le caractère sacré du lieu.

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7. Pour te reposer l'oeil, voici une des charmantes maisonnettes qu'on trouve aussi en cette nécropole et qui servaient à abriter je ne sais quoi ni qui.

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La photo que je préfère est la dernière. Il manque une montagne et une cascade pour la transformer en thébaïde idoine, mais j’aime beaucoup les lignes concentriques des pavés. Cela m’a donné l’envie de relire les Lettres d’Asie de Saint-John Perse.

"...Pour moi, très tôt tourné en Ouest vers la Chine intérieure et tout son haut surplomb d’Asie centrale, je n’aurais à vous offrir de ce côté du monde que de très vieilles routes terrestres à bout d’usure et de mémoire, et sur ces pistes sans relief, une vaste humanité communautaire, parfaitement anonyme et uniforme, infiniment grégaire : masse indivise à jamais soustraite aux plus beaux accidents de l’indiviudalisme. Il y a, dans toutes ces nappes terrestres de la haute Chine intérieure, de vastes dépressions ou cuvettes qui s’encastrent comme d’anciens fonds de mer. C’est pour l’esprit comme l’envers même de la mer : la terre qui se veut mer, ou la mer, par moquerie, qui se fait sédiment – unité retrouvée, malaise dissipé..."

Le poète était en poste diplomatique à Pékin et il entreprit un grand voyage à travers les steppes, jusqu’en Mongolie. De ce périple sur cette " terre toute de loess, sans nulle pierre ignée et sans la moindre trace volcanique ", il en ramena son Anabase, " moi qui ai toujours rêvé d’écrire un livre sur la poussière, je suis ici servi !". Il a voyagé en Mongolie durant les troubles révolutionnaires, il rencontra le Bouddha vivant, je ne me rappelais plus ce détail, j’aurais dû relire ces lettres après la découverte du livre d’Ossendowski.

Le plus suprenant est d’avoir retrouvé ce passage sur la similitude entre la Chine et la Castille :

"…. J’aurais voulu pouvoir vous accompagner dans ce voyage en Espagne que je vous ai recommandé. Avec une bonne auto, vous accéderez à des choses surprenantes sur toutes ces terres hautes du Nord où j’ai tracé moi-même un jour votre itinéraire. C’est d’ailleurs, en Europe, ce qui se rapproche le plus de certaines régions de Chine : la même terre épilée, déboisée, écorchée vive, avec plus de mordant, de saveur et d’accent ; aussi la même poussière, rouge ou jaune, couleur d’argile humaine, et la même nudité des hautes tables d’un grand pays : royaume ! Les compositeurs russes ne s’y sont pas trompés, qui ont traité en Espagne leurs grands thèmes d’Asie centrale…"

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mercredi, 03 novembre 2004

Dernières images de la Ville Ancienne

D'un ami en poste à Pékin:

"… Marcher dans ces rues est vraiment poignant pour cette raison-là. Nous sommes les derniers à voir cette ville qui fut une des cités  les  plus luxueuses de l'Extrême-Orient. Ces demeures anciennes avaient été conçues pour y cultiver les joies de l'art et de la vie. Produit parfait d'une culture développée sans interruption majeure pendant presque mille ans dans la plaine tartaro-chinoise du Hebei, tout est balayé sans scrupule par une poignée de déracinés milliardaires et de communistes corrompus. Ce qui s'est produit dans ce coin- là du monde, si on le compare à notre Europe, est réellement terrifiant..."

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